Quand les thuriféraires d’Alteo …

20160202_calanquesCeux qui tentent de nous faire croire qu’Alteo est devenu par la grâce de Dieu (et surtout par l’injection massive de millions d’euros) éco-fréquentable et que son seul souci désormais est la préservation des emplois, sont aussi crédules et irresponsables que ceux qui dénoncent les rejets en les qualifiant de « boues rouges » tout en agitant le chiffon rouge de la catastrophe industrielle.

La seule chose sure pour l’instant, c’est que durant des décennies, Alteo a déversé dans la mer Méditerranée des dizaines de produits contaminants. Un rapport de l’ANSES, (L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publié le 22 décembre 2015, soit avant le changement des types de rejets dans le canyon de Cassidaigne, dénonce : « Pour les principaux éléments traceurs des rejets en lien avec les activités de transformation de minerai de bauxite de l’usine d’Alteo, à savoir l’aluminium, le vanadium et le titane, les tests significatifs concernant le muscle vont toujours dans le sens d’une plus grande contamination dans la zone impactée par le rejet »

Toutefois, il ne faut pas cacher le fait que ce rapport parle des rejets passés, les fameuses « boues rouges ». Alteo a mis en œuvre un système de filtres permettant de séparer la partie solide et rougeâtre des boues de la partie liquide. Seule celle-ci sont déversée dans la mer depuis le 1er janvier 2016. Les rejets liquides sont alors instantanément piégés dans des hydrotalcites, sorte de roche blanche née de la réaction avec l’eau de mer, une réaction théorique testé à petite échelle, surtout en laboratoire, et dont personne ne sait si elle marche vraiment dans l’environnement de production.

Pour résumer tout cela, plus de « grande » pollution puisque la concentration de la plupart des métaux lourds est réduite de plus de 90 %. Mais, une pollution qui existe quand même sous une autre forme plus diffuse restant toutefois très supérieure aux limites réglementaires pour l’arsenic, l’aluminium et le fer.

L’argument des pro-Alteo est de dire que le Parc National des Calanques a donné aval et qu’il sait ce qu’il fait. Une précision s’impose à nouveau : S’il est vrai que le Conseil d’Administration du Parc National des Calanques a pris note des nouvelles conditions de rejets des « liquides rouges » et a donné son feu vert à ceux-ci, son conseil scientifique par contre était plus circonspect dans son avis en date du 07 juillet 2014 et émettait des doutes sur l’avenir de cette nouvelle forme de rejet : « (…) le rejet futur risque, par l’ensemble de ses propriétés physico-chimiques (moindre densité) et de ses composantes dissoutes, d’impacter à plus grande échelle l’écosystème pélagique et éventuellement, sous certaines conditions météo-marines, la bande littorale. Il est important de vérifier ce point par le biais d’observations in situ et d’une modélisation robuste prenant en compte des scénarios météo-marins caractérisant le secteur. »

Donc, de l’arsenic, de l’aluminium et du fer risquant d’impacter à plus grande échelle l’écosystème car moins lourd et plus diffus …

Enfin, parlons de l’usine en elle-même. S’il y a bien une chose que je ne supporte pas, c’est le chantage à l’emploi résumé par cette maxime : « si on nous laisse pas travailler comme nous l’entendons, on délocalise ». Et les thuriféraires d’Alteo de rajouter « autant polluer un peu en Provence que beaucoup ailleurs ».

Petite précision au passage : nous parlons de 400 emplois directs et 250 en sous-traitance et non de 2000 ou 3000 personnes comme je l’ai lu récemment dans une « analyse » d’un parti politique.

Alteo a reconnu que les moyens techniques existent pour éradiquer définitivement ces liquides rouges mais que les sommes à investir sont conséquentes.

L’argent, de nouveau le nerf de la guerre, l’argent de nouveau dictant des décisions impactant l’avenir de nos petits-enfants, l’argent mettant bas notre bon vieux principe de précaution …

A méditer

Maintenant, pour ce que j’en dis !

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