Mardi 9 octobre 1934 : Assassinat du roi Alexandre 1er

 

Quelques minutes avant ...

XIII

L'arrivée du roi

 
XIV

Le départ du cortège royal

 
XV

La Delage type D8

 


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme « Le Petit-Parisien », « Paris-Soir » ou « l’Intransigeant », pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le « Petit Marseillais » et le « Petit Provençal » en tête.

La plus grande partie de l’iconographie est issue de photos publiées par deux quotidiens connus pour leurs photos : « Paris-Soir » et « l’Intransigeant ». La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.

 

XIII / L'arrivée du roi


Vieux-Port

Le quai des Belges à l'arrivée du roi


Peu avant seize heures, les navires d'escortes du « Dubrovnik », en l'occurrence les croiseurs lourds « Colbert » et « Duquesne », saluèrent son entrée dans le port en tirant plusieurs salves d'honneur tandis que toutes les cloches de la ville, dominées par le bourdon de Notre Dame de la Garde, se mirent à sonner.

Une vedette blanche, avec à son bord le ministre de la marine, François Pietri, accompagné de M. Spalaïkovitch, Consul général de Yougoslavie, gagna le croiseur yougoslave. Le ministre français vient accueillir le roi au nom de la marine française.

En montant à bord du navire royal, le consul ne put cacher son inquiétude, inquiétude provoquée par ce qu'il venait de voir, par cette sécurité qui pour lui semblait inexistante, par ce programme marseillais qu'il trouvait trop chargé. Il tenta de décourager le roi de descendre à terre. Mais le roi resta intraitable :

« La population m'attend. Barthou m'attend. Un Karageorgévitch ne doit pas reculer. »



Alexandre 1er

.Le roi passant devant les caméras



Après les salutations d'usage, la délégation, suivant le roi Alexandre 1er gagna la vedette royale qui s'avança avec lenteur vers le fond du Vieux-Port, vers le Quai des Belges, au long duquel elle se rangea. Il est 16 h 02'

Le roi sauta sur le quai, flanqué de son ministre des Affaires Etrangères Yougoslaves, Mr Jevtitch. De très nombreux journalistes et caméramans, pour la plupart venus de Paris, immortalisent la scéne. Ils vont ensuite suivre au pas de course le cortège royal pour saisir chaque minute de la visite royale à Marseille.

Le Roi, conscient de l'importance de sa visite, était un peu tendu. Il portait l'uniforme d'amiral de la marine yougoslave, barré du ruban rouge de la Légion d'Honneur, une épée à garde d'or et un bicorne à aigrettes blanches. Il avait refusé de porter son gilet pare-balle en acier sous son uniforme, arguant que celui-ci gênait ses mouvements. Agé de quarante-six ans, grand, mince, les yeux vifs derrière des lunettes de type binocle, il gardait une silhouette de jeune homme.



Alexandre et Barthou

Alexandre 1er et Louis Barthou
Les retrouvailles de deux vieux amis


Sur le quai, Louis Barthou les attendait en compagnie de la délégation française composée de l'Amiral Berthelot et du Général George qui est chargé d'accompagner le souverain durant son séjour sur le territoire français. Deux détachements du 10e zouaves et du 140e régiment d’infanterie présentent les armes. Un peu à l'écart se tient une délégation des Anciens Combattants. Des barques amarrées aux pontons du Vieux-Port montèrent des milliers d'acclamations.

Marseille fêtait Alexandre 1er, Roi de Yougoslavie …

Après avoir débarquée, la délégation écouta la musique militaire qui joua tout d'abord l'hymne yougoslave puis enchaîna par la Marseillaise. Une accolade avec le ministre français (véritable élan d'affection aux dires de certains témoins), phrases rituelles dont ce fameux « Comme je suis heureux de me trouver en France ! ». Et toujours, d'après certains témoins proches, quelques mots rapides à l'oreille de Mr Jevtitch, comme si le roi s'inquiétait lui aussi de l'insuffisance apparente du service d'ordre qu'il découvrait.

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XIV / Le départ du cortège royal


Alexandre et Louis Barthou

Le roi Alexandre et Louis Barthou, assis dans la Delage, attendant le départ du cortège royal.


Puis, ce fut le départ vers la Préfecture. Mais les autorités organisatrices avaient pourtant décidé de placer le roi dans une voiture Delage noire, immatriculée 6068 CA 6, véritable antiquité, découverte et sans protection, le toit abaissé au-dessus des sièges arrières, au mépris de toute prudence en ces temps menaçants.

Comble d'imprudence, la voiture resta immobilisée de longues minutes, probablement pour permettre aux photographes et aux cameramen de prendre quelques plans supplémentaires. Sur les images tournées à ce moment-là pour les Actualités, on découvre l'expression préoccupée du roi.

Le roi Alexandre 1er s'assit à droite, Louis Barthou à gauche, et le Général Georges s'installa dos à la marche, sur le strapontin. La voiture, quant à elle, était conduite par le chauffeur Froissac. Une jeune femme en costume national pousse une petite fille portant un bouquet. Le roi sourit à l’enfant.

Le cortège s’ébranle. Il est 16 h 12’

 

 



Cortège royal

Le cortége royal du départ du Vieux-Port
A gauche de la photo, le Lieutenant-Colonel Piollet

La route était ouverte par une voiture de police dans laquelle avaient pris place le Directeur de la Sûreté Nationale, Jean Berthoin et le Contrôleur Général Sisteron. Les deux hommes, contrôlaient ainsi au plus près la sécurité du Roi. Du moins le pensaient-ils !. Elle était suivie d'un peloton de dix-huit gardes mobiles à cheval, en grande tenue. Venait ensuite la voiture royale, escortée seulement par un rempart symbolique de deux officiers à cheval, le Lieutenant-Colonel Piollet, du 14eme R.I. à droite, et le Commandant Vigouroux de la Garde Mobile à gauche. Le convoi officiel était fermé par un peloton d'agents cyclistes. Cette étrange disposition avait été décidée par les autorités pour permettre aux curieux de voir le roi. La préoccupation essentielle de la France était de faire de ce voyage un succès. Par conséquent, seuls ces deux cavaliers protégeront les flancs de la voiture !

A la vitesse faramineuse de huit kilomètres heure, le convoi s'engagea sur la Canebière où la foule débordait des trottoirs, mal contenue par un service d'ordre soudain défaillant. En effet, les autorités avaient certes prévu de placer un agent tous les deux mètres mais, par un curieux hasard, c'est seulement tous les cinq mètres qu'ils furent disposés. Et comme quasiment tous se retournèrent pour voir passer le cortège …

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XV / La Delage type D8


Delage D8

La Delage D8


La Delage D8 a été lancée à la fin de 1929 et présentée comme un modèle devant remplacer l'opulente Delage GLS.  Toutefois, compte tenu de sa conception et plus tard de sa motorisation, on peut considérer qu’elle a aussi remplacé la Delage DM.

Apparue en pleine crise économique ayant suivi le crash de 1929, elle semblait partir avec un grave handicap mais comme Delage n’avait pas prévu de la vendre en grand nombre, elle s’imposa rapidement dans le marché des voitures chères et luxueuses au détriment de Bugatti.

Cette Delage, immatriculée 6068 CA 6, a été loué pour l’occasion, par la préfecture des Bouches-du-Rhône, au garage Cornet. Elle est conduite par le chauffeur Froissac


Moteur : 8 cylindres en ligne
Cylindrée : 4060 cm3
Alésage/course : 77/109 mm
Puissance : 23 CV fiscaux
Transmission : Boite 4 vitesses
Freins : Mécanique sur les quatre roues - Servofreins
Empattement : 3.448 m
Vitesse de pointe : 100 km/h

Modèle fabriqué par la société Delage de 1929 à 1933

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Mardi 9 octobre 1934
19/10/34 - 16 h 15' Avant