Mardi 9 octobre 1934 : Assassinat du roi Alexandre 1er

 

09/10/34 - 16 h 15'

XVI

Seize heure quinze

 


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme « Le Petit-Parisien », « Paris-Soir » ou « l’Intransigeant », pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le « Petit Marseillais » et le « Petit Provençal » en tête.

La plus grande partie de l’iconographie est issue de photos publiées par deux quotidiens connus pour leurs photos : « Paris-Soir » et « l’Intransigeant ». La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.

 

XVI / Seize heure quinze


Attentat à Marseille

Le terroriste saute sur le marcehepied de la voiture royale. Le Lieutenant-Colonel Piollet, surpris, le laisse faire.


A la vitesse faramineuse de huit kilomètres à l’heure, le cortège s’engagea sur la Canebière. La foule, nombreuse à cet endroit, acclame le souverain en visite. Il est seize heures quinze précise, quand le cortège passa devant la Chambre de Commerce, le fameux Palais de la Bourse.

Face à la « Westminter bank », le petit kiosque des services de police qui s'élevait à proximité de la Canebière, dans un coin du Square Puget (maintenant Place du Général De Gaulle), servait de piédestal aux curieux juchés sur son toit. Appuyé nonchalamment au mur de ce poste, un homme attendait.

Lorsque la voiture royale passa à sa hauteur, l’homme sortit de la foule, bousculant un photographe, évitant les rares agents placés tous les cinq mètres. Il ne court pas, il marche. Trois pas seulement le séparent de la  voiture. Pour tromper son monde, il crie « Vive le roi ! »

Le lieutenant-colonel Piollet, le plus proche de l’homme est surpris Il ne put rien faire pour chasser l'importun, qu'il prend de surcroît pour un photographe. Malheureusement, cet homme n'en était pas un. C'était un des implacables ennemis d'Alexandre 1er. et Il était membre d'une association terroriste voulant assassiner le roi.



Attentat à Marseille


Le lieutenant-colonel Piollet sabre le terroriste tandis que policiers, gardes-mobiles et témoins se précipitent


Au moment même où le militaire faisait virevolter son cheval pour chasser l'importun, le général Georges, tête baissé, notait la direction que prenait le convoi. Il ne vit donc pas l'homme bondir sur le marchepied de la Delage. De la main gauche, il s'agrippa au montant de la portière tandis que de la droite, il tira de sa ceinture un automatique de fort calibre, un parabellum Mauser de calibre 7.65 avec un chargeur de dix cartouches engagé. Caché sur lui, il portait une deuxième arme, un Walter de calibre 7.65 aussi, dont il n'eut pas le loisir de se servir. Il ouvrit calmement le feu, tirant par deux fois sur le Roi qui n'esquissa aucun geste de défense.  Le roi s'affaissa sur la droite du coupé, grièvement blessé à la poitrine.

L’assassin continua son œuvre de mort, continuant à tirer dans la direction des passagers de la voiture, visant le général Georges et le ministre Louis Barthou. Le lieutenant-Colonel Piollet avait enfin réussi à faire tourner sa monture. Il sabra l'agresseur, toujours cramponné à la voiture et qui continuait à vider son chargeur dans l'habitacle. Froissac, de son côté, après avoir arrêté la voiture, saisit l'homme par son veston, tentant, tant bien que mal, de le maintenir. Mais rien ne semblait pouvoir arrêter l'assassin.

« Cette scène affreuse s'était déroulé avec la rapidité de la foudre. On eut l’impression irréelle et poignante de vivre un odieux cauchemar. »(« Le Petit Parisien » du 10 octobre 1934)



Attentat de Marseille

Scéne de panique sur la Canebière


Paniqué, le service d'ordre ouvrit le feu, dans tous les sens, de manière la plus désordonnée qui soit, transformant le désordre en panique. Un agent qui accourait, s’écroula, mort. La foule reflua pour se mettre à l’abri de la fusillade.

De partout, la police, la troupe, les membres du cortège se précipitèrent dans désordre indescriptible. Du quai des Belges où ils se trouvaient accoururent les gardes mobiles au galop de leurs chevaux. On aperçut, courant dans la mêlée, son chapeau haut de forme vissé sur la tête, le ministre Jevtitch. Le Colonel Piollet tenta de faire revenir l'ordre en des termes peu protocolaires :

« Nom de Dieu, cessez le feu ! Ligotez-le et emportez-le ! « 



A savoir :

Quand les journaux parlent le lendemain en terme politiquement correct de « fureur populaire  », il faut bien lire « lynchage ». Les photos prises de l’assassin dans les heures qui suivirent montrent toutes la violence qui fut dirigée à son encontre.


Enfin, assommé, criblé de balles, plusieurs fois sabré, piétiné, l'homme s'écroula sans connaissance. Des cris de couleur et d’horreur s’échappaient de la foule où l’on relevait des blessés, des morts. Les policiers accourus eurent toutes les peines du monde à arracher l’assassin à la fureur populaire pour le trainer, agonisant, vers le kiosque de police avant d'être transféré dans les locaux de la Sûreté où il mourut vers dix-neuf heures

« Mais le plus grave, le plus terrible des spectacles, c’est celui que donnait la voiture royale. M. Louis Barthou, livide, ensanglanté, avait sauté à terre et s’était écroulé. Le genral George, atteint à la gorge, vomissait du sang. Et le malheureux souverain, le buste penché en avant, comme cassé en deux, ne donnait plus signe de vie … » (« Le Petit parisien » du 10 octobre 1934)

Le ministre Jevitch a sauté dans la Delage. Il dégrafa l'uniforme du roi pour tenter d’évaluer la gravité des blessures, découvrant sa poitrine ensanglantée. Il dira, plus tard, avoir entendu de la bouche d'Alexandre :

«  Gardez-moi la Yougoslavie ! »

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Mardi 9 octobre 1934
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