Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 

Après l'incendie : Enquête et obsèques

XXIV

Le juge Colombiès

 
XXV

La direction parisienne des "Nouvelles-Galeries"

 
XXVI

Le macabre décompte

 
XXVII

La sécurisation des lieux

 
XXVIII

L'identification des victimes

 
XXIX

Luttes syndicales

 
XXX

Les obsèques des victimes

 
XXXI

Les conclusions des experts

 
XXXII

Conclusions provisoires

 

 

Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.

XXIV / le juge Colombies :


Dès le vendredi après-midi, alors que l'incendie fait encore rage, les autorités, Edouard Daladier en tête, veulent connaître la vérité, comprendre comment une telle catastrophe a pu se dérouler dans la deuxième ville de France.  Une enquête judiciaire est immédiatement ouverte, confiée au juge d'instruction Colombies, épaulé par deux autres magistrats. Il demande, dès le vendredi soir, au commissaire central Cals de nommer une équipe d'inspecteurs, pour lui faciliter les investigations. Cette tache est dévolue au commissaire Le Bas et à son équipe de cinq inspecteurs (Pfister, Jullien, Saravelli, Porte et Salem).

Mais il faut aussi des experts pour tenter de trouver les causes du sinistre. Ce sera une équipe de trois notabilités marseillaises, bien connues sur la place, capables d'apporter un jugement serein sur le dossier. C'est du moins ce que l'on croit ! Nommée dès le 29 octobre 1938 au matin, la commission est composée de :

  1. Mr Flaissier, ancien ingénieur en chef de la Marine Nationale,
  2. Mr Quenin, ancien commandant en chef des Sapeurs-pompiers de Marseille,
  3. Jean Alexis, directeur de la Compagnie des Docks et Entrepôts, et par ailleurs juge au Tribunal de Commerce.

Que dire sur cette commission : Que le premier expert est directement lié à la Marine et ses marins-pompiers et que le second dirigea les secours qu'il va, tôt ou tard, être amené à expertiser ! Toutefois, ils ne sont pas là pour juger les secours mais pour trouver les causes du sinistre. Pourtant, ils ne vont pas se priver de critiquer et juger l'action des Sapeurs-Pompiers.

Dernière personne en charge de l'enquête, le docteur Beroud, appartenant au laboratoire technique de la Police Nationale. Il a, quant à lui, pour mission d'identifier les cadavres, travail ingrat mais nécessaire.

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XXV / LA DIRECTION PARISIENNE DES "NOUVELLES-GALERIES" :


Le vendredi après-midi, après avoir réussi à s'extraire du brasier, Raoul Foucher, le directeur de la succursale marseillaise, est beaucoup trop choqué pour pouvoir prendre de réelles décisions. Il ne pense qu'à ses employés et à leur sort tragique. Dès qu'il eut un peu retrouvé ses esprits, principalement grâce à l'action énergique de Léopold Anglade, il se lance dans la tournée des hôpitaux pour apporter un peu de soutien aux victimes et se rendre compte par lui-même de l'étendue du désastre. Toutefois, la présence dans ces mêmes hôpitaux, de nombreuses personnalités en visite elles aussi, le pousse à se montrer discret. Il attend leur départ pour se montrer à son tour dans les salles d'urgence. Cette attitude pudique créera la rumeur tenace selon laquelle le directeur des "Nouvelles-Galeries" se désintéressa du sort de ses employés.

Lorsqu'il revient sur la Canebière en début de soirée, l'incendie est enfin maîtrisé. Du fier magasin, il ne reste plus qu'un monceau de décombres. Alors qu'il erre, désemparé, autour des ruines, il rencontre son sous-directeur. Mr Lassaille l'informe alors qu'il a pris l'initiative de prévenir la direction parisienne du groupe. Lorsqu'il rentre chez lui, ce soir là, 21 boulevard Georges Clemenceau, Raoul Foucher est anéanti. Et encore n'a t'il pas conscience des épreuves qui l'attendent.

Dès le lendemain matin, Raoul Foucher se rend à la gare Saint-Charles pour y accueillir le président du Conseil d'Administration du groupe "Nouvelles-Galeries" qui est accompagné de son administrateur du service juridique. Les deux hommes, arrivant de Paris, ont voyagé par le train de nuit. L'objectif de leur visite est double : évaluer l'étendue des dégâts et gérer aux mieux les intérêts de l'entreprise, dans la crise marseillaise. Dès leur arrivée, Raoul Foucher leur annonce la destruction du magasin et une vingtaine de morts. A ce moment là, il ne sait pas encore que le bilan en vie humaine est beaucoup plus lourd, qu'il a à déplorer la perte de la totalité du personnel travaillant dans son "atelier de confection dames", de la majorité de ses comptables et d'une grande partie de son service "Marques".

A peine arrivés dans la cité phocéenne, les cadres dirigeants des "Nouvelles-Galeries" sont interrogés par le juge d'instruction Colombies. Le juge recherche une éventuelle responsabilité de la direction dans la catastrophe et, tout au moins, comprendre le fonctionnement administratif du magasin.

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XXVI / MACABRE DÉCOMPTE :

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Alors même que ce premier interrogatoire se déroule, les employés survivants du magasin se retrouvent à la "brasserie du Chapitre". Les retrouvailles sont émouvantes et nombreux sont ceux qui tombent en pleurs, victimes de la charge émotionnelle de ce moment particulier. Les journalistes, présents eux-aussi, sur les lieux, n'en demandaient pas tant et font le plein d'anecdotes tragiques. Les inspecteurs de police, qui eux-aussi ont fait le déplacement, en profitent pour faire les premières auditions et tentent de comprendre le déroulement du drame. Mais toute cette agitation ne doit pas faire oublier le but premier de ce rassemblement : établir une liste des survivants et, par là même, en déduire la liste des morts. Un événement capital va faciliter la tache des autorités. La liste de présence, sauvée des flammes par l'inspecteur de surveillance Carle, se révèle précieuse : pour établir une liste des disparus, il suffit de faire l'appel des gens présents dans la brasserie et la comparer à cette liste miraculeuse.

Au fur à mesure de l'avance de ce macabre appel, il faut se rendre à l'évidence. Ce n'est pas une vingtaine de morts que la catastrophe a occasionné. La liste des disparus avoisine la soixantaine de noms. Si l'on rajoute les cadavres se trouvant déjà à la chapelle ardente, ainsi que les clients supposés qui ne se sont pas manifestés depuis la veille, ce ne sont pas moins d'environ quatre vingt morts que les autorités envisagent ce 29 octobre au soir. En fait, le bilan définitif sera de soixante quinze victimes, y compris les morts dans les hôpitaux des suites des blessures, bilan arrêté le 14 novembre 1938, jour des obsèques.



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XXVII / LA SECURISATION DES LIEUX :


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Les soldats déblayant les décombres



Le samedi matin, les autorités sont d'accord sur un point. Il faut sécuriser au plus vite les ruines du magasins tout en tentant de dégager les cadavres emprisonnés sous les  décombres. Pour cela, on fait appel à des spécialistes, en l'occurrence ceux de l'armée. Celle-ci envoie les artificiers du génie, basés en temps normal à Avignon. En fin de matinée, ce 29 octobre 1938, moins de vingt quatre heures après le début de la catastrophe, ils se mettent au travail. Leur première tache est de dynamiter les murs branlants encore debout pour éviter de nouvelles catastrophes.  Les services municipaux, quant à eux, sous la direction attentive de Mr Fabre, ingénieur des Ponts et Chaussée, procèdent à l'évacuation des décombres. Les morceaux géants de poutrelles ou de pylônes sont dirigés vers le grand terrain vague situé à proximité de la gare Saint Charles, pour y être entreposés.

Mais le malheur traîne toujours sur les lieux. Lors du dynamitage du pan de façade encore debout situé sur la rue de l'Arbre, l'explosion, mal dosée, projette dans tous les sens de gros blocs de pierre. Cette erreur fait cinq blessés supplémentaires dont un grave.

Au fur à mesure de la découverte des cadavres, ceux-ci sont dirigés vers la chapelle ardente érigée place Carli. Mais les soldats du génie ne déterrent que des corps atrocement mutilés, pour la plupart entièrement brûlés. Encore plus terrible, les soldats, parfois, ne découvrent que des fragments humains. Ceux-ci sont alors entreposés dans un magasin voisin en l'occurrence "Radiostar", gardé par une section du 141ème R.I.A., attendant une hypothétique identification. 

Après sécurisation des lieux, les soldats du génie sont rentrés à leur caserne avignonnaise. Le déblaiement sera alors effectué par les employés municipaux. Quant à la circulation dans le périmètre incriminé, le Boulevard Dugommier et le Boulevard Garibaldi sont rendus à la circulation le 4 novembre 1938 tandis que le haut de la Canebière patientera quelques jours de plus, le temps de réinstaller les câbles électriques des tramways, dégager les décombres qui jonchent la chaussée et installer une palissade pour sécuriser les abords de "l'Hôtel de Noailles" et du "Grand Hôtel"



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XXVIII / L'IDENTIFICATION DES VICTIMES :


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Les cercueils alignés dans la chapelle ardente



Dès le lendemain du drame, une chapelle ardente est érigée dans l'enceinte de la Bibliothèque Municipale, Place Carli, dans une grande salle du premier étage. Pour éviter des scènes d'émeutes prévisibles, les autorités ouvrent cette salle seulement aux familles, aux proches. Les personnalités, quant  à elles, se succèdent sans discontinuer, du Président du Conseil, Edouard Daladier, au maire de Lyon, Edouard Herriot, en passant par l'évêque de la ville, Jean Delay. Celui-ci amène un message télégraphique que le pape adresse à la ville martyre :

"Profondément ému incendie Canebière, Saint Père prend vive part deuil cher peuple marseillais, implore repos éternel victimes désastres, envoie bien aimé fils frappés malheur réconfort bénédiction apostolique"

Cardinal Pacelli

Aux trois premiers cercueils, ceux de Marinette Mignari, Louis Frisches et Andrée Lucienne, s'en ajoutent peu à peu des dizaines d'autres. A tous ces cadavres, le docteur Beroud va tenter d'apporter une identité. Quand on découvre ses notes de travail, on est impressionné par la tache colossale qu'il effectue :

Cercueil 23 :   Méconnaissable
Trousseau de onze clefs, cinq grosses et six petites
Cercueil 24 : 

Femme
Deux bagues rosaces et alliance
Semble correspondre à la fiche établie au nom de Paulette Castellan, 4 Rue de la Tour

Cercueil 25 :  Morceau de vêtements homme
Portefeuille au nom de Adolphe Bertocini, 13 rue Solferino, carte d'électeur, différents papiers et photos
Cercueil 26 : 


Main droite paraissant estropié




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Les cercueils vides amenés à la chapelle ardente

Peu à peu, des noms sont mis sur les cadavres. Au milieu de ce sordide décompte, l'espoir peut renaître pour les familles de disparus dont les cadavres n'ont pas encore été identifiés. Ainsi, deux jours après le drame, on retrouve une jeune coursière de seize ans, Jeannette Adams. Commotionnée par le drame, elle était tout simplement terrée chez elle depuis le 28. Même espoir pour ce client du magasin que l'on croyait enterré sous les décombres et qui croupissait en fait dans une geôle de police, arrêté le 28 au soir pour ivresse sur la voie publique. Il avait probablement trop fêté sa survie de l'enfer !

Mais cet espoir n'est pas valable pour toutes les familles. Ainsi la famille Bourrelly perd deux de ses filles, toutes deux mariées à des notabilités de Gardanne. Elles étaient venues à Marseille pour faire du lèche-vitrines. Même drame pour la famille Brugier qui perd dans la catastrophe le chef de famille et sa fille de 25 ans.

Il est probable que la plus dure des attentes fut celle de la famille Foin. En effet, Augusta, une jeune employée de 14 ans, engagée depuis quelques semaines seulement, n'avait pas réapparu depuis la catastrophe. La douleur de la famille fut d'autant plus grande qu'elle garda espoir de longs jours. En effet, les journaux locaux relayaient l'information de la présence d'Augusta, errant amnésique dans les rues de Marseille, plusieurs témoins affirmant l'avoir vu. Le jour même des obsèques, le "Petit Provençal" avançait l'hypothèse qu'une jeune fille, retrouvée en train d'errer, à Digne, soit Augusta. Espoir déçu. Augusta Foin ne réapparut jamais.

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XXIX / LUTTES SYNDICALES :


Dès le lendemain du drame, les syndicats, dans une lutte acharnée, vont tenter de tirer leur épingle du jeu. La première réunion des employés du magasin est effectuée à la demande de la direction des "Nouvelles-Galeries" à la "Brasserie du Chapitre". Elle a pour but de tenter d'établir une liste des disparus et permettre à la police de mener ses premiers interrogatoires sur les circonstances du drame. Cette brasserie deviendra immédiatement le lieu des réunion des syndicats dit "de droite" ou d'origine patronale.

La C.G.T. contre-attaque en organisant des réunions à la Bourse du Travail. La première, sous la direction de Mme Gouirand, déléguée principale de la C.G.T aux "Nouvelles-Galeries" se déroule dans la matinée du 31 octobre 1938 et accueille beaucoup de monde. Lucien Bastelicca, Secrétaire Général des Bouches-du-Rhône y assiste lui aussi, avec d'autant plus d'intérêt que sa femme est une employée du magasin détruit.

Le soir même, la lutte syndicale va atteindre son paroxysme quand Lucien Bastelicca, avec deux de ses lieutenants, va se rendre à une réunion à la "Brasserie du Chapitre" pour y accompagner sa femme. Malgré sa tentative maladroite de rester à l'extérieur pour ne pas se mêler aux débats, il est reconnu par plusieurs employés des "Nouvelles-Galeries" qui lui demande de prendre la parole. Après une courte tergiversation, il accepte l'invitation de plusieurs employés plus entreprenant que le autres. Bien que rentrant seul dans la salle, son intervention est mal perçue et une violente bousculade éclate, obligeant la police à intervenir. Un inspecteur sera même blessé durant les échauffourées.

A la suite de ces heurts, chacun restera scrupuleusement sur son territoire, se contentant d'invectiver l'adversaire par journaux interposés. C'est ainsi que deux permanences cohabiteront en ayant les mêmes buts : aider les employés dans les démarches administratives et la préparations des obsèques, les soutenir dans ces moments de douleur, envisager avec eux leur avenir.

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XXX / LES OBSEQUES DES VICTIMES :


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Le 14 novembre 1938, les obsèques des victimes peuvent enfin se dérouler. Initialement prévues le 7 novembre, celles-ci ont été remises d'une semaine à la demande des familles pour permettre au docteur Beroud de procéder à de nouvelles identification.

Ce matin là, d'un commun accord, la totalité des entreprises marseillaises, y compris le port, sont fermées en signe de deuil. Une foule énorme se presse sur le trajet que doit emprunter le cortège funèbre (Boulevard Garibaldi, Cours Lieutaud, Boulevard Baille, Chemin Saint Pierre). Autour de la Place Carli, d'où le cortège doit s'ébranler, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont présentes dans un recueillement impressionnant.

Dans ce contexte, le discours d'Albert Sarraut, Ministre de l'Intérieur, seule personne à prendre la parole, parlant au nom de la France, eut un énorme retentissement. Il annonce aussi les problèmes politiques qui s'amoncellent sur la ville.



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Albert Sarraut à la tribune prononçant son discours crucifiant Marseille


Au début de son discours, Albert Sarraut commence sur le ton pathétique :

(…)"Est-il spectacle plus pathétique, plus poignant, plus affreusement déchirant que celui que présente à nos yeux obscurcis de larmes cette effrayante accumulation de cercueils ?"(…) "Ici, dans cette immolation de Marseille, c'est la brutalité sans nom et sans excuse, la brutalité aveugle, sauvage, infâme, d'une mort qui ne donne rien en échange du supplice qu'il impose. Aucune gloire ne décorera l'ossuaire de ces pauvres restes carbonisés. Leur mémoire est obscure comme leur cendre est anonyme."(…)

Il procède ensuite, par petite touche, à une mise en cause de la municipalité :

(…) "Entendez-vous encore comme je l'entends, la sommation des voix d'outre-tombe: "Nous avons payé de la plus affreuse des morts la défaillance de l'acte des hommes dans la prévision des périls et dans les moyens de combat livré à son attaque. Laisseriez-vous la même menace se suspendre sur d'autre fronts ou saurez-vous faire enfin tout ce qu'il faut pour la préserver ?"" (…)

Avant de passer à l'offensive finale :



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(…) "Le procès des hommes est dépassé ici par le procès du régime communal. Celui-ci porte depuis longtemps en cette ville, à travers les mutations électorales, la marque invariable de l'erreur qui a fait d'une seule loi pour toute les cités de la France, la charte identique des franchises municipales. Il ne saurait s'agir pour Marseille ni de supprimer ces franchises, ni de mutiler les facultés du suffrage universel. Mais un ajustement des droits et pouvoirs doit être fait qui mesure exactement ceux de l'autorité locale à l'étendue des responsabilités qu'elle peut assumer qui puisse au besoin protéger sa conscience contre les pressions qu'elle doit subir et qui, en tous cas, garantisse dans l'action municipale les intérêts et les droits de l'ordre national. Toute grandeur a sa servitude et doit mettre son honneur à le comprendre. Marseille a trop d'éclat, de relief dans la vie de la France. Marseille a trop de prix par la richesse de son labeur et l'ampleur de ses forces saines pour que nous n'ayons pas le souci d'écarter du développement de son organisme, les miasmes des légendes néfastes et les gangrènes de la moralité collective." (…)


Après ce discours assassin pour la municipalité en place, qui ne laisse planer aucun doute sur les intentions futures du gouvernement, le cortège s'ébranle en direction du cimetière Saint Pierre. Le cortège est ouvert par un peloton de la Garde Mobile, suivi par la musique du 141ème R.I.A. puis par le clergé des différents cultes. Le convoi mortuaire proprement dit, suit.

La première partie est composée des victimes identifiées de la catastrophe. Chaque cercueil est posé sur une fourragère militaire du 114ème régiment d'Artillerie précédée d'un officier, sabre au clair et conduite par deux soldats en grande tenue. Elle est encadrée par une haie d'honneur effectuée par des employés survivants des "Nouvelles-Galeries". Chaque fourragère est suivie par la famille du défunt concerné.

Ensuite vient une urne funéraire symbolique portée par quatre employés du magasin. Elle renferme des cendres en provenance des lieux de la tragédie et représente les victimes dont les corps n'ont pas été retrouvés. La deuxième partie du cortège est composée à l'identique de la première mais avec les cercueils des victimes non identifiées. Les familles concernées suivent la dernière fourragère.

Les personnalités, conduite par Albert Sarraut et Henri Tasso, suivent de près, précédant de peu les employés des "Nouvelles-Galeries" non utilisés par la haie d'honneurs. Les groupements politiques et associations diverses précédent de peu une nouvelle musique militaire qui ferme la marche.

Six mille hommes assurent la sécurité lors de ces cérémonies où les militaire sont omniprésents (141ème R.I.A., 8ème R.T.S., 27ème Régiment Nord Africain, 114ème Régiment d'Artillerie, élèves de troupe d'Aix-en-Provence) sans compter les pelotons de gardes mobiles, les gendarmes et les gardiens de la paix.

Au cimetière Saint-Pierre, les victimes identifiées seront enterrées dans les caveaux familiaux tandis que les cercueils des non-identifiés seront inhumés dans un tombeau, offert par la Ville de Marseille et dédié à toutes les victimes de catastrophes.

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XXXI / LES CONCLUSIONS DES EXPERTS ET DU JUGE COLOMBIES :


Dans le climat délétère qui règne dans la ville en ce mois de Novembre, on ne peut se permettre de laisser traîner ce dossier. L'opinion publique veut des explications et les experts, nommés par le juge Colombies, vont se charger de les donner. On peut ainsi résumer ces conclusions :

A/ CONCERNANT L'INCENDIE DES "NOUVELLES-GALERIES" :

Ø      L'incendie est dû à l'imprudence d'un fumeur, en l'occurrence Mr Crepin, contremaître de l'entreprise Joannez. C'est un mégot ou une allumette mal éteinte qui est la cause principale du drame.

Ø      La propagation rapide du sinistre est dû à l'embrasement généralisé du papier goudronné.

Ø      L'inobservation des consignes de sécurité et la légèreté de la direction des "Nouvelles-Galeries" sur ces même consignes a été le facteur aggravant du drame.

Ø      L'insuffisance du matériel des Sapeurs-Pompiers a été particulièrement mise en évidence lors de ce sinistre.

B/ CONCERNANT L'INCENDIE DES IMMEUBLES COTE SUD :

Ø      Cet incendie pouvait être évité

Ø      Aucune mesure préventive n'a été prise pour trois raisons :

·       Négligence de l'administration municipale dans la nomination des cadres du Corps des Sapeurs-Pompiers

·       Accident du Capitaine Durbec

·       Négligence des directions des différents hôtels

Ø      Mauvaise utilisation de l'ensemble "Somua-Monitor" pour deux raisons :

·       Faute technique grave d'un officier des Sapeurs-Pompiers

·       Défaut de coordination entre les Sapeurs-Pompiers et le Service des Eaux

Ø      Absence de commandement

Ø      Composition défectueuse des équipes de Sapeurs-Pompiers

Comme on peut le constater, les experts ne sont pas tendre, ni avec la municipalité, ni avec les  Sapeurs-Pompiers. Dans ses propres conclusions, le juge Colombies suivra ses experts. Le contremaître Crepin est directement tenu pour responsable du déclenchement de la catastrophe.

Paradoxalement, cette hypothèse n'est pas celle qui est la mieux étayée car aucun témoignage direct permet d'affirmer que Maurice Crepin fumait sur son lieu de travail. Ses collègues de travail, comme sa femme, s'élèveront vigoureusement contre cette assertion. La seule conclusion logique à laquelle on peut arriver à la lecture des témoignages, c'est que les premières manifestations du sinistre ont bel et bien eu lieu au premier étage, rayon "Confection fillette", à proximité de l'angle de la rue de l'Arbre et que l'échafaudage qui s'y trouvait permis une propagation rapide de l'incendie.

Les autres hypothèses, dont certaines aurait pu être plus crédibles, comme l'hypothèse de l'attentat, ou demandé un complément d'enquête, comme l'hypothèse de l'incendie criminel, ont été balayées par le juge Colombies. Ces conclusions entraîneront bientôt l'inculpation de quatre personnes :

·        Raoul Foucher, Directeur des "Nouvelles-Galeries" - Marseille,

·        Sylvestre Laville, Architecte en charge des aménagement du magasin,

·        Arthur Joannez, patron de Maurice Crepin,

·        Gustave Doré, l'entrepreneur qui monta l'échafaudage

La ville de Marseille échappe temporairement aux poursuites.

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XXXII / CONCLUSIONS PROVISOIRES :


Ainsi se termine le drame humain de la catastrophe des "Nouvelles-Galeries". Les obsèques collectives et la publication des conclusions du rapport des experts permettent à la population marseillaise de faire son deuil, de tourner la page émotionnelle de cette catastrophe.

Mais les pages politiques et judiciaires sont encore ouvertes …

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Vendredi 28 octobre 1938
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