Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 

Les "Nouvelles-Galeries"

XLIV

Le "Grand Bazar"

 
XLV

La naissance des "Nouvelles-Galeries"

 
XLVI

Léon Lamaizière et les "Nouvelles-Galeries"

 
XLVII

Le concept commercial des "Nouvelles-Galeries"

 
XLVIII

Le concept architectural des "Nouvelles-Galeries"

 
XLIX

En guise de conclusion

 

 

Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.

XLIV / Le "Grand Bazar"


C’est la cité de Saint-Étienne qui vit apparaître pour le première fois un magasin portant l’enseigne des "Nouvelles-Galeries". Toutefois, avant même cette naissance, il existait dans la cité minière, à l’angle de la Rue Gambetta et du Cours Victor Hugo, un magasin où la clientèle pouvait trouver tous ce qu’elle désirait. C’était le "Grand Bazar", une boutique assez vaste, à la renommée certaine, plantée en plein cœur de la ville ouvrière. Ce magasin a été fondé par Charles Démogé, qui le dirige d’une main de fer.

Deux événements vont changer le cours des choses dans la cité ouvrière. Tout d’abord, l’entrée dans la famille Démogé, en 1882, de Ariste Canlorbe. Ensuite quelques années plus tard la mort du fondateur du "Grand Bazar".

Nicolas Canlorbe, dit Ariste, d’abord simple employé dans un bazar de Béziers, puis successivement à Bordeaux, Bruxelles et enfin Saint-Etienne, épouse en 1882 la fille de ses patrons, Marie Démogé.

Ses qualités commerciales et surtout organisatrices sont remarquées par l’oncle de Marie, Justin Démogé , installé à Paris. Cet oncle se trouve à la tête de ce que l’on appellerait de nos jours une "Centrale d’achats", qui alimentait en articles divers les magasins de ses collègues et amis de Province. Bien entendu, le « Grand Bazar », magasin de son frère, profitait de cet état de fait.

C’est dans ce contexte que, à la   mort de Charles Démogé, Ariste Canlorbe va être amené à prendre de plus en plus de responsabilité au sein de l’entreprise familiale. Dans un premier temps, il va resserrer les liens entre la centrale d’achats parisienne et les différents magasins provinciaux avant d’envisager de passer à un nouveau stade commercial.

Poussée par un Ariste Canlorbe visionnaire, Madame Démogé décide, en 1894, d’agrandir le "Grand Bazar", et surtout, de changer de concept commercial, prenant en cela exemple sur ce qui se passe à Paris avec les grands magasins.

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XLV / La naissance des "Nouvelles-Galeries"


Pour réaliser ce grand projet, elle commence par acheter à la ville une parcelle de terrain proche de son magasin initial, parcelle laissée libre par le projet d’agrandissement et de transformation du Lycée Gambetta, projet que mène l’architecte Léon Lamaizière. Cette parcelle possède en outre, l’indéniable avantage d’être mitoyenne d’un terrain déjà en sa possession.

Ensuite, elle charge Léon Lamaizière, l’architecte qui monte, de réaliser à cet endroit un grand magasin auquel elle donne le nom de "Nouvelles-Galeries". Comme cela se faisait beaucoup à l’époque, elle prend aussi soin de se faire construire un appartement au troisième étage de ce nouveau complexe

L’inauguration se déroule le 6 avril 1895, un samedi, jour des achats comme il se doit. Le succès est immédiat. La foule se presse dans ce nouveau lieu qui ressemble tant aux grands magasins de la capitale et dont la réputation n’est plus à faire.

Devant l’affluence et le succès jamais démenti du nouveau magasin, un premier agrandissement est décidé en 1898, portant la surface de vente à plus de trois mille mètres carrés. En 1912, un total réaménagement intérieur confère au magasin stéphanois un caractère avant-gardiste.

Léon Lamaizère est bien entendu parti prenante de tous ces aménagements. Par exemple, en 1912, c’est lui qui dessine le nouveau salon de mode.



Nouvelles-Galeries

Les "Nouvelles-Galerie"
à Saint-Etienne

 

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XLVI / Léon Lamaizière et les "Nouvelles-Galeries"


Leon Lamaiziere

Leon Lamaiziere



Dès le début, Léon Lamaizière se trouve au cœur des projets concernant les « Nouvelles Galeries ». Comme nous l’avons vu, c’est lui qui est l’architecte du premier magasin de la chaîne, c’est lui qui dirige sa construction. Sa participation va très vite dépasser ce strict cadre de travail.

En effet, c’est durant cette période que, logiquement, il fait la connaissance de Ariste Canlorbe. Les deux hommes sympathisent rapidement et, le 20 avril 1899, lorsque la "Société Française des Grands Bazars et des Nouvelles Galeries Réunis" devient la "Société Française des Nouvelles Galeries Réunis", Léon Lamaizière entre au Conseil d’Administration, conseil que préside Ariste Canlorbe.

Désormais, Léon Lamaizière, avec la collaboration de son fils (à partir de 1904), va contribuer au développement provincial de la marque. Les nombreux dossiers conservés à Saint-Etienne, montrent le rôle primordial de coordinateur que l’architecte tient dans tous les types de travaux touchant les magasins de la chaîne, que ce soit la construction, l’entretien ou la modernisation. A ce propos, afin de suivre les goûts de la clientèle, il met sur pied un véritable plan décennal de modernisation de chacune des succursales.

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XLVII / Le concept commercial des "Nouvelles-Galeries"


L’idée force de Léon Lamaizière, approuvée dès le début par Ariste Canlorbe, reprise quelques années plus tard par une grande chaîne planétaire de fast-food, est que le client doit avoir l’impression de se trouver dans le magasin de sa ville de résidence, même s’il se trouve dans celui d’une autre ville distante de plusieurs centaines de kilomètres.

Pour aboutir à ce sentiment, l’intérieur de chaque magasin est calqué sur le même plan initial, aussi bien en décoration qu’en disposition ou en architecture, avec seulement quelques variations mineures dus aux contraintes locales. De même, chacune des façades des magasins possède une étrange ressemblance l’une par rapport à l’autre, sans parler de la fameuse tourelle d’angle, véritable marque de fabrique de la chaîne des "Nouvelles Galeries".

Commercialement parlant, les "Nouvelles-Galeries" vont s’appuyer sur la centrale d’achat parisienne de Justin Démogé, préfigurant ainsi la politique de centrale d’achats de nos grandes enseignes actuelles comme "Carrefour" ou "Géant-Casino".

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XLVIII / Le concept architectural des "Nouvelles-Galeries"


Nouvelles-Haleries

Façade "Lamaizière" d'un établissement
"Nouvelles-Galeries"



Les Lamaizière, grâce aux "Nouvelles-Galeries", ont largement diffusé en France le modèle de grands magasins à tourelle d’angle. Ils ont aussi, on l’a vu, développé le même style architectural, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des succursales..

La disposition intérieure type s’articule donc autour d’un grand escalier desservant des galeries, généreusement éclairées par une grande baie vitrée. Le nombre des étages fluctue suivant l’importance de la succursale, mais se trouve toujours compris entre deux et quatre étages, non comptés les combles, le rez-de-chaussée et les sous-sols, tout cela pour permettre la construction du fameux grand escalier.

La répartition des rôles de chaque étage est, là-aussi, identique dans chaque magasin. Le sous-sols et les combles sont destinés aux réserves, le rez-de-chaussée et les étages à la vente, les bureaux de l’administration étant placés dans une partie du dernier niveau.


L’articulation effective des magasins s’effectue donc autour d’un grand vide central, sur lequel s’ouvre les galeries des étages, de son escalier monumental le tout couvert par un grand plafond vitré. Nous verrons plus tard que le magasin marseillais n’échappe pas à cette règle.

La décoration intérieure est dessinée dans un premier temps par Léon avant de l’être systématiquement par son fils Marcel. Elle est plus ou moins riche, suivant l’importance de la succursale, mais tout est fait pour faire penser aux fastes de la capitale. Dans cette idée , il existe même dans plusieurs magasins, un salon de thé, avec un orchestre pour certains, construit à l’identique de la succursale parisienne. Quant au matériel d’exposition, les vitrines ou les présentoirs, il est fabriqué à l’identique pour chaque magasin, d’après des plans dessinés, comme il se doit, par les Lamaizière.

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XLIX / En guise de conclusion


Chaque succursale est donc construite avec le but avoué de  se fondre dans le tissu urbain local, tout en gardant l’apparence et les attributs d’un magasin parisien. En pénétrant au sein d’une quelconque succursale des "Nouvelles-Galeries", les clients ont donc l ‘impression, de se trouver sur les « grands boulevards » et de participer à la folle vie de la capitale.

Enfin, on ne peut aussi ignorer le rôle prépondérant que va prendre chaque succursale dans les économies locales, et cela dès la décision de la construction. En effet, dès l’approbation des plans, les Lamaizière vont prendre grand soin de faire travailler la main d’œuvre locale, choisissant, dans le maximum de cas, des entrepreneurs locaux.

Toutefois, pour garder cette fameuse unité architecturale qui leur tient à cœur, ils vont employer les même fournisseurs principaux pour chaque chantier comme par exemple les établissements Derobert de Lyon pour l'ossature métallique, ou Martin Aîné de Saint-Étienne pour la menuiserie.

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Vendredi 28 octobre 1938
La succursale de Marseille Avant