Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 

La succursale de Marseille

L

La succursale de Marseille

 
LI

Conseil d'administration ou Conseil de surveillance ?

 
LII

Le personnel de la succursale marseillaise

 
LIII

Le service des surveillants

 
LIV

Après l'incendie 

 
LV

Description des moyens de secours internes

 

 

Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.

L / LA SUCCURSALE "NOUVELLES-GALERIES" DE MARSEILLE :




Nouvelles-Galeries

Les "Nouvelles-Galeries" de Marseille



La succursale occupe un immense quadrilatère de cinquante mètres sur soixante dix mètres en haut de la principale artère marseillaise. Ce quadrilatère de trois mille cinq cents mètres carrés de surface au sol, est délimité au sud par La Canebière, au nord par la rue Thubaneau, à l'est par les immeubles du Boulevard Dugommier et à l'ouest par le Théâtre des Variétés et le cinéma Noailles.

Comme les autres succursales françaises des "Nouvelles-Galeries", le magasin a adopté le modèle de grands magasins à tourelle d’angle. Celle-ci, dans le cas marseillais, se trouve à l'angle de la rue de l'Arbre. Sa toiture est recouverte d'ardoise. Le magasin est composé d'un rez-de-chaussée, de trois étages, d'un sous-sol et de combles. Le sous-sol, de même surface que le magasin, est ouvert au public pour la vente d'article de ménage.

Toutes les entrées, sauf une, sont situées sur la face sud du magasin, côté Canebière. Il existe toutefois une entrée pour le public côté nord, rue Thubaneau où se situe aussi une entrée de service donnant sur l'escalier réservé au personnel. La disposition intérieure s’articule autour d'un grand vide central de neuf mètres de large sur vingt cinq mètres de long, protégé par une balustrade en fonte, ouvrant sur de nombreuses galeries, généreusement éclairées par une grande baie vitrée située entre le troisième et le quatrième. Ce choix architectural donne beaucoup plus d'esthétique au magasin et permet de cacher à la clientèle les réserves se trouvant dans la partie haute du bâtiment.

Pour accéder aux étages, la clientèle dispose de deux moyens : des escaliers et des ascenseurs. Un escalier en bois monumental, à double révolution, orienté en parallèle à la canebière, permet de desservir les étages. Par facilité, les employés ont pris l'habitude de surnommer la révolution Est "Côté Nadard" et la révolution Ouest "Côté Variétés". Un autre escalier, lui aussi en bois, se trouve du côté de la rue Thubaneau. Un troisième escalier, qui donne lui aussi sur la rue Thubaneau, est un escalier de service qui peut éventuellement servir d'escalier de secours. Cet escalier a la particularité d'être en pierre et donc de résister au feu. Les ascenseurs, quant à eux, sont de type ordinaire à cage ouverte, circulant entre des grilles métalliques, sans aucune gaine étanche. L'un d'entre eux est placé sur le mur ouest du magasin (Coté Variétés). Escaliers et ascenseurs sont de véritables cheminées qui favorise le passage de l'air (et du feu) entre tous les étages.

Le rez-de-chaussée et le premier étage sont exclusivement réservé à la vente. Par exemple, le rez-de-chaussée abrite des rayons aussi divers que "l'horlogerie", les "bijoux fantaisies", les "mouchoirs", les "draps", le premier la "lingerie", la "confection", le rayon "fillette", la "maroquinerie", etc. … Un véritable inventaire à la Prévert. Au deuxième étage, un salon de thé a été installé, vers la rue de l'Arbre, dans la partie de la coupole. On trouve aussi "l'ameublement", un salon de manucure, et le fameux rayon "jouets". Un quatrième étage, sous toiture, est occupé par la réserve. Certaines fenêtres de cet étage ont été équipées de solide barreau de fer scellé pour éviter les cambriolages par les toits.

Les bureaux administratifs sont répartis dans les étages, tous situés du coté de la rue Thubaneau. Les bureaux du directeur, du sous-directeur, le secrétariat et la téléphoniste sont au deuxième à proximité de l'atelier de confection, la comptabilité au troisième. Le bureau des inspecteurs est, quant à lui au rez-de-chaussée, du côté Thubaneau, avec un accès à la guérite servant au pointeur des entrées/sorties du personnel.

Au sous-sol, outre l'espace de vente, on trouve sur les faces ouest et nord les installations de sécurité, les chauffages, éclairages, réservoirs d'eau, vannes, électricité, etc. … nécessaires à la bonne marche du magasin. C'est aussi là qu'est installé le service de livraison.

La décoration intérieure a été dessinée par le cabinet d'architecte stéphanois "Lamaizière et fils", mais tout est fait pour faire penser aux fastes de la capitale. L'intérieur est constitué par des planchers de bois posés sur la charpente métallique apparente, le tout reposant sur des colonnes de fonte nue. La charpente métallique n'est pas protégée (enduit, maçonnerie ou autre protection) ce qui entraîne un mauvais comportement face au feu.

Quant au matériel d’exposition, les vitrines ou les présentoirs, il est fabriqué à l’identique des grands magasins parisiens, d’après des plans dessinés, comme il se doit, par les Lamaizière.

En outre, le magasin possède une annexe, rue Thubaneau, servant à entreposer des marchandises et effectuer les grosses réparations du service après-vente. Cette annexe est située en face de l'entrée du personnel.

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LI / CONSEIL D'ADMINISTRATION OU CONSEIL DE SURVEILLANCE ?


Nouvelles-Galeries

Action 1936


Chaque succursale de la "Société Française des Nouvelles Galeries Réunies" ne dispose pas vraiment d'une autonomie pleine et entière, loin s'en faut. En effet, chaque succursale est soumise au contrôle étroit de Paris par le biais du Conseil d'Administration du groupe.

Chaque succursale est autonome dans l'élaboration de son budget. Elle l'établit comme elle l'entend, avec les postes budgétaires qui la concerne en propre. Mais ce budget est soumis à la consultation du siège qui, réunit en Conseil d'Administration, approuve les chiffres.

Pour obtenir l'approbation de son budget, chaque succursale est soumise à une seule véritable contrainte de la part de la direction parisienne : l'augmentation de son  chiffre d'affaire de 4 % par rapport à l'année précédente et, bien entendu, une augmentation dans la même proportion de ses bénéfices nets.

Toutefois, le Conseil d'Administration est aussi très vigilent sur ce qui se passe dans ses succursales et n'hésite pas à intervenir s'il trouve qu'une dérive se fait jour. De même, il n'hésite pas non plus à réprimander les directeurs si il découvre qu'ils abusent. Cette état de dépendance fera dire à plusieurs de ces directeurs qu'ils sont en fait uniquement des "employés supérieurs !". Dans la même idée, la définition des "dérives" et des "abus" est laissée à la libre appréciation du Conseil d'Administration.


Le principe de centralisation est poussé à l'extrême avec les fournitures de la succursale. Si logiquement les produits en vente dans chaque magasin sont négociés par une centrale d'achat, aucun matériel (des trombones au présentoir de façade) n'est acheté par la succursale. Tout est fourni par le service du matériel se trouvant sous la dépendance de la maison mère. Ce contrôle parisien va jusqu'à l'embauche et le licenciement du personnel. Si, sur le papier, il est laissé à la libre appréciation de la succursale, il est toutefois soumis à approbation du Conseil d'Administration.

Ainsi, la mésaventure arrivé à Monsieur Moreau, directeur de la succursale de Marseille de 1927 à 1934 est symptomatique de ce qui se passait au sein du groupe. Lors de son arrivée en février 1927, inquiet des risques d'incendie et de vol  il crée immédiatement deux services, inconnus à cette date dans le magasin :

  • Un service d'inspecteurs, avec un chef-inspecteur, un sous-chef et quatorze inspecteurs. Le rôle de ce service était d'assurer la lutte contre le vol, la surveillance du magasin, éventuellement la lutte contre les débuts d'incendie, assurer l'évacuation du public et du personnel, etc. … Il y avait de deux à six inspecteurs par étage, suivant la foule, l'emplacement, etc.
  • Un service de pompiers. Divisé en deux équipe, ces pompiers surveillaient jour et nuit le magasin et assure la formation du personnel à la lutte contre l'incendie. Ils étaient au nombre de cinq, un chef et quatre pompiers. Tous étaient des professionnels, ancien Sapeurs-Pompiers de la ville.

Mais cette initiative ne sembla pas emballer la direction parisienne, même si elle donna son aval à la création de ces services, nécessaires dans un grand magasin. Ainsi, durant toute sa mandature, Mr Moreau reçu des lettres incessantes de la direction générale parisienne lui intimant sans cesse de compresser les frais généraux. La pression devint intolérable à la fin du printemps 1934 quand il reçut une missive de Mr Jean Demogè en personne, descendant du fondateur du groupe, président du Conseil d'Administration, qui lui écrivit laconiquement :

"Vous avez des frais généraux qui se montent à 12.75 % pour le personnel. Ces frais doivent impérativement être réduit à 9.50 %"

D'après le jugement de son directeur de l'époque, ce pourcentage de 12.75 % était tout à fait normal pour un magasin de cette importance. Sa réticence à suivre les différents plans de compressions des charges dictés par Paris, en particuliers ceux touchant à la sécurité, ajoutée à son désaccord persistant avec son Conseil d'Administration, amèneront son départ en juillet 1934.

Pourtant, malgré cette réticence, la pression exercée par Paris devait être très forte puisque en 1934, le service des inspecteurs ne comptait plus que huit inspecteurs et le service incendie deux pompiers. En 1938, il n'y avait plus de pompiers et les inspecteurs étaient au nombre de six. Ce faible nombre de ce que nous appelons de nos jours pudiquement "agent de sécurité" amène une remarque. Lors du procès se déroulant en 1942, les juges constateront avec stupéfaction que le montant des préjudices subis par vol par la succursale marseillaise se monte à 25 % du chiffre d'affaire du magasin. La direction commerciale parisienne préférait subir cet important manque à gagner plutôt que de devoir engager des inspecteurs de surveillance supplémentaires. Le tribunal se déclarera "effaré" par ces chiffres, qui seront confirmés par Paris.

Mais le Conseil d'Administration ne se contentait pas d'intervenir dans la gestion du personnel et des bénéfices. Il intervenait aussi lorsque des modifications devaient être effectuées dans une succursale. Pire, il est arrivé plusieurs fois que le directeur du magasin apprit que des travaux avait lieu dans sa succursale à la vue des ouvriers arrivant un matin. C'est ce qui faillit arriver en cette année 1938 à Mr Foucher, directeur de la succursale marseillaise.

En effet, le Conseil d'Administration et lui seul avait pris la décision de la rénovation de la succursale de Marseille. Pour cela, il avait pris contact avec son architecte habituel, Mr Sylvestre Laville, architecte à Paris. Celui-ci remplaçait le Cabinet Lamaizière depuis le départ à la retraite de son fondateur, Léon Lamaizière.  La procédure de mise en place du chantier était lourde mais souligne admirablement bien l'omnipotence de ce Conseil d'Administration :

  • L'architecte se met d'accord avec le Conseil d'Administration des modifications à apporter à une succursale,
  • L'architecte indique aux entrepreneurs ses désirs,
  • Les entrepreneurs chiffrent les modifications et remettent leurs devis à l'architecte,
  • L'architecte remet les devis au Conseil d'Administration,
  • Le Conseil d'Administration, et lui seul, négocie les devis et entérine les prix,
  • Après accord, l'architecte donne alors ses ordres aux entrepreneurs

Comme on peut le constater, à aucun moment la direction d'une succursale n'intervient dans le processus de sélection des travaux à effectuer, ni dans celui des entreprises intervenant sur son site.

Enfin, tous les jours, chaque succursale reçoit les instructions de Paris sous enveloppe cachetée. La direction marseillaise n'échappe pas à la règle et, tous les jours, en début d'après-midi, se déroule un cérémonial immuable où Mr Foucher, le directeur et Mr Lassaille, le sous-directeur, ouvrent dans le secret du bureau du deuxième, loin des yeux indiscrets, les enveloppes cachetées reçues de Paris  leur donnant les dernières directives en date. Pour un peu, on se croirait dans un film d'espionnage.

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LII / LE PERSONNEL DE LA SUCCURSALE MARSEILLAISE :


Le magasin marseillais est dirigé depuis novembre 1934 par Monsieur Faucher, qui a succédé à Monsieur Moreau, directeur de juin 1927 à juillet 1934. Il est assisté par un sous-directeur, Monsieur Lassaille, en poste depuis six mois.

En 1934, lors que Monsieur Moreau quitte les "Nouvelles-Galeries", il y avait de 550 à 560 employés dont 22 à 24 garçons de magasins. Lors des grands événements, les fêtes de fin d'années par exemple, des aides étaient alors engagés, pouvant porter l'effectif du personnel à 775. En 1938, un dégraissage important avait eu lieu et les effectifs n'était plus que de 335 personnes à grande majorité féminine comprenant quasiment tous les corps de métiers sauf … celui des pompiers professionnels

Concernant l'encadrement, le magasin emploie le 28 octobre 1938 :

  • 1 directeur,
  • 1 sous directeur,
  • 6 inspecteurs,
  • 51 chefs de rayon et de service,
  • 26 sous chefs de rayon,

Soit un total de 85 personnes représentant l'encadrement (59 hommes et 26 femmes) dont 15 sont en roulement ce jour là.

Commercialement parlant, le magasin est divisé en secteur sous la direction d'un chef de service. Chaque secteur est divisé en rayon autonome sous la direction d'un chef, quelque fois, si le rayon est important, son sous-chef, et ses vendeurs. Mais chaque rayon demeure sous le contrôle étroit du chef de secteur.

Tous les matins, à dix heures, une réunion avait lieu dans le bureau du directeur comprenant celui-ci, le sous-directeur, le chef comptable et les chefs de secteur pour discuter de la stratégie commerciale. C'était l'un des rares  moments où le directeur pouvait pleinement avoir l'impression d'être le seul maître à bord

Le personnel semblait être fortement syndiqué, le Front Populaire étant passé par là. D'après le Président du tribunal lors du procès de 1942, soixante à soixante cinq des soixante quinze victimes de la catastrophe sont adhérents du "Syndicat Général des Employés de Magasin", syndicat affilié à la C.G.T. D'ailleurs, ce syndicat se portera partie civile lors de ce procès.

Le matin, l'ouverture se fait à neuf heures et la fermeture à dix neuf heures. Le magasin est ouvert six jours sur sept, le dimanche étant le jour de repos. Une pause de deux heures est accordée au personnel de douze à quatorze heures.

Concernant l'entrée du personnel, la procédure était la suivante : Cinq minutes avant l'heure légale d'ouverture, la sonnerie de la rue Thubaneau était actionnée signalant au personnel qu'il pouvait entrer dans le magasin et prendre son poste. Pour indiquer aux garçons d'étage, qui s'occupaient aussi de l'ouverture des portes au public, qu'ils pouvaient le faire, une autre sonnerie intérieure retentissait, prévenant par la même occasion le personnel de l'arrivée de la clientèle.

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LIII / LE SERVICE DES SURVEILLANTS :


En 1938, Le personnel actif de surveillance des "Nouvelles-Galeries" est composé de quatre personnes : un chef-inspecteur, Mr Bouvard, et trois inspecteurs, Mr Granier, Casanova et Bouet. Deux autres inspecteurs passifs existent, l'un se trouvant en permanence au service des entrées du personnel, l'autre au service des réclamations.

Au début du sinistre, Mr Casanova était absent (en roulement), Mr Granier et Bouet temporairement au sous-sol, pour environ une heure, le premier pour surveiller la distribution des colis aux personnels et le deuxième pour affecter du personnel à une tache spécifique. Bouvard était donc seul pour s'occuper de la totalité du magasin. En temps normal, c'est lui qui surveillait le premier étage. Cette carence dans le personnel de surveillance explique le chiffre énorme du préjudice subit par larcins même si les garçons d'étage, outre leur travail normal, donnaient leur aide aux services des  inspecteurs.

Quant à la surveillance du magasin durant la pause de midi, un inspecteur restait à l'intérieur de la succursale. La direction avait précisé que, durant ce laps de temps, l'inspecteur devait effectuer plusieurs rondes, une première pour vérifier qu'aucun client ou employé n'était demeuré dans  le magasin, les suivantes pour s'assurer que rien ne se passait.

Malheureusement, cette procédure, imposée par la direction, était loin d'être appliquée par les inspecteurs de surveillance. En réalité, comme chaque chef de rayon devait vérifier que personne ne demeurait dans son rayon quand il partait, puis remettre un formulaire dûment signé au surveillant des entrées lors de son départ, formulaire où il signalait aussi ce qui clochait dans le rayon, l'inspecteur de surveillance se contentait de collationner ces papiers. Il évitait ainsi de faire la première ronde. Ensuite, "dans le silence du magasin, le moindre bruit suspect pouvait se faire entendre du rez-de-chaussée". Les inspecteurs restaient donc au rez-de-chaussée, se contentant de monter dans les étages si un bruit suspect parvenait à leurs oreilles. La plupart du temps, les inspecteurs restaient deux heures au rez-de-chaussée. C'est ce qui s'est passé le 28 octobre 1938.

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LIV / LA SUCCURSALE MARSEILLAISE APRÈS L'INCENDIE :


Immédiatement après l'incendie, la totalité du personnel a été mise à pied. La direction centrale a demandé à ses succursales de réserver des places pour le personnel de Marseille mais la réembauche n'a pas été immédiate. Pour certains, elle dura plusieurs mois, pour d'autres plusieurs années, mais, à l'exception de quelques privilégiés, ce fut pour tous l'expatriation.

De tout manière, la chaîne des "Nouvelles-Galeries" ne pouvait reclasser la totalité du personnel marseillais et de nombreux employés sont restés sur le carreau. Un rumeur persistante au sein du personnel dira que seuls les mieux notés ont été réembauchés.

En 1942, les "Nouvelles-Galeries" conservent seulement une organisation administrative à Marseille, sous le contrôle du bureau lyonnais. C'est en fait un petit bureau d'achat situé au 3 Cours Saint Louis ne comportant que quelques employés méritants comme l'ancien chef du contrôle des caisses, Mr Agnone, tous sous les ordres de  Mr Léopold Anglade, ancien chef du service livraison.

Quant à l'ancien directeur Mr Foucher, il est nommé par le Conseil d'Administration inspecteur commercial des succursales "Nouvelles-Galeries".

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LV / DESCRIPTION DES MOYENS DE SECOURS INTERNES :


A/ Consignes d'incendie :

Les consignes contre l'incendie ne sont nullement affichées dans le magasin. Ce n'est pas une décision de Mr Foucher mais semble bel et bien, être un usage courant au sein du groupe "Nouvelles-Galeries". Mr Moreau, le directeur obnubilé par la sécurité et la lutte contre l'incendie, ne les a pas non plus faites afficher. En fait, elles sont communiquées par note de service de la direction au chef de service qui les répercutent ensuite aux employés. Tous contresignent les notes de services.

Extrait de la note de service 874 du 12 décembre 1936 :

Les Sapeurs-Pompiers de la ville ne doivent être alerté que par la direction.

Ce n'est pas en criant "au feu" que l'on pourra faire évacuer tranquillement le public.

L'évacuation du magasin par les employés n'aura lieu qu'après celle du public et si la direction le juge nécessaire.

Dans tous les cas, c'est la sonnerie habituelle du magasin, coup prolongé, qui réglera l'évacuation totale et immédiate du personnel.

Le Directeur : Foucher


Malheureusement, ce système est perverti à la base. En effet, la quasi totalité des employés expliqueront après l'incendie qu'ils étaient noyés par les notes de service. Elles étaient si nombreuses que plus personne ne les lisait. Ainsi, personne ne se souviendra avoir signé la fameuse note qui explique comment le personnel doit réagir face à un incendie.

Par contre, une consigne est très strictement suivie par tous le personnel des "Nouvelles-Galeries": "Défense absolue de fumer". Le personnel fait une véritable chasse aux fumeurs "extérieurs".

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B/ Alarmes :


Concernant l'alarme à incendie, le magasin dispose de deux systèmes, indépendants l'un de l'autre, mais d'aucun système de haut-parleur généra

  • Système avertisseur de la mise en service des extincteurs automatiques
  • Sonnerie d'alarme électrique branchée sur le circuit général du magasin.

Le bouton d'alarme générale se trouvait dans le bureau des inspecteurs, au rez-de-chaussée, à droite de la porte d'entrée. Un autre bouton se trouvait dans les bureaux de la direction. C'est en fait la même alarme qui signale la fin de la journée qui sert d'alarme à incendie. Au début des années trente, il existait une autre alarme installée par l'ancien directeur Mr Moreau mais elle a été supprimée par Mr Foucher.

Remarque : Aucun des deux systèmes n'a fonctionné, le premier à cause de l'absence de circulation d'eau, le second à cause de la coupure intempestive du courant dès le début de l'incendie

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C/ Système anti-incendie :


Le système anti-incendie de la succursale marseillaise est développé pour l'époque et à la pointe du progrès. Il s'articule autour de trois axes : les extincteurs à main, nombreux, et disséminés dans tous le magasin, y compris dans les combles, les postes de secours composés de lance à incendie en toile et de seau d'eau rempli et enfin d'un système sophistiqué d'extincteurs automatiques fixés au plafond, plus connu sous le nom de "bec Sprinkler". Un tableau synthétique permet de mieux se rendre compte des moyens de secours en place dans le magasin le 28 octobre 1938.

  TTL S.Sol RDC 1er 2eme 3eme Combles Notes
Extincteurs à main 103 16 14 18 18 18 19 (1)
Poste à incendie 36 6 6 6 6 6 0 (2)
Extincteurs automatiques dit "bec Sprinkler" 2750 424 426 448 462 445 0 (3)(4)
(1)   + 6 extincteurs à poudre près des machines électriques
(2)   + à chaque poste un seau d'eau rempli, le tout alimenté par l'eau de la ville
(3) dont 60 en réparation au 1er étage mais à l'opposé de l'endroit ou l'incendie a démarré
(4) alimenté par un bac à eau de 15m3 sous 8 kgs au sous-sol puis par l'eau de ville


Le procès qui se déroula en 1942 révéla plusieurs dysfonctionnements dans ce magnifique ordonnancement anti-incendie. Mais les témoignages sur ces dysfonctionnements doivent être pris avec précaution car ceux qui les ont faits ont de sérieuses raisons d'en vouloir à la direction de la succursale marseillaise.

Remarques sur les postes à incendie : Ces postes étaient difficiles d'accès car plusieurs chefs de rayon plaçaient des marchandises devant, rendant l'usage rapide des lances quasiment impossible  Plusieurs lances étaient de surcroît dans un état déplorable comme celle se trouvant dans le salon de thé. Le poste était placé contre un mur où passait une colonne d'eau chaude. Le caoutchouc composant les jointures de la lance avait séché rendant l'usage de ce poste sans effet.

Remarques concernant les extincteurs : Beaucoup d'entre eux n'avait jamais été vérifiés par la société devant le faire. En fait, celle-ci se contentait de voir le chef-électricien (qui faisait office de chef sécurité incendie) et lui donnait les cartouches de remplacement et un lot de pièces détachées. C'était un employé qui se chargeait de faire les réparations et remplir les engins vides. Quand la pièce était manquante, on attendait la visite du technicien de la société pour la lui demander et s'il ne l'avait pas sur lui, l'engin demeurait en panne.

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D/ Détail du système d'extinction automatique  Erny (becs sprinklers) :


La direction marseillaise comptait énormément sur le système Erny qui était porté aux nues. Ce système était à la pointe du progrès et semblait donner toute les garanties de sécurité. Ces garanties étaient telles que Mr Foucher ne jurait que pas ce systèmes, au détriment des autres.


Sprinkler

Un sprinkler en action


Ce système a été conçu et installé par la maison Erny. Il est composé d'un réseau de canalisations constamment sous pression qui alimente un grand nombre de "tête d'extincteurs" réparti au plafond. Ce sont les fameux "becs Sprinklers".

Chaque tête est obstruée par un dispositif maintenu en place par un fusible. Lorsqu'un foyer se déclenche, la chaleur dégagée fait fondre le fusible situé au dessus, libérant ainsi un jet d'eau en pomme d'arrosoir, directement sur le foyer. Si l'incendie s'étend, les têtes voisines entrent en action à leur tour de telle manière que toute la surface de l'incendie soit arrosée.

Le magasin marseillais est divisé en plusieurs secteurs, chaque secteur étant alimenté par une colonne d'eau. Ce système permettait de couper l'alimentation dans un secteur sans pénaliser le reste du réseau. A l'époque de l'incendie, la maison Erny avait prévenu la direction marseillaise qu'elle allait effectuer plusieurs coupures du 24 au 29 octobre 1938 afin de procéder au déplacement de l'une des colonnes d'eau pour laisser la place aux nouveaux ascenseurs. Le 28 octobre, la coupure a été effectuée à dix heures du matin pour une durée de deux heures. Il semble, malheureusement, que l'eau n'ait jamais été remise. Mais, de toute manière, cette coupure ne touche qu'une partie du réseau et non sa totalité.

Toutefois, si l'incendie n'est pas arrêté dès le début par ce système, les quantités d'eau déversées lorsqu'un sinistre fait rage sont notoirement insuffisante pour pouvoir être pleinement efficace et éteindre le sinistre.

Dans le cas des "Nouvelles-Galeries", le système avait déclenché plusieurs fois alors qu'aucun foyer n'avait été signalé. Les techniciens de la maison Erny pensaient que ces déclenchements intempestifs étaient dû à des coups de boutoir de l'eau dans la cuve d'alimentation, coups provoqués par des variations de pressions d'eau dans les canalisations de la ville alimentant la cuve. Les techniciens de Erny ont alors préconisé la fermeture de la vanne d'alimentation en amont de la cuve.

Cette recommandation surprenante n'était pas en contradiction avec les normes nationales en vigueur à cette époque qui ne demandaient alors qu'une alimentation obligatoire (cuve ou canalisation). Les "Nouvelles-Galeries" disposaient donc des deux moyens d'alimentation. De même, le maniement de la vanne était d'une simplicité enfantine.

Ce qui est sûr, c'est que le jour de l'incendie, la vanne était fermée. De toute manière, le système ne fonctionna pas du tout le jour de l'incendie. Pourtant, la cuve était pleine. Il est probable qu'une coupure en aval (vanne ou autre) empêcha le bon fonctionnement du système.

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Vendredi 28 octobre 1938
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