Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 

Le Parti Radical des années Trente

LXXXI Naissance du Parti Radical  
LXXXII Le programme du Parti Radical  
LXXXIII Le système du Parti Radical  
LXXXIV Le Parti Radical dans "l'Entre Deux Guerre"  


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.

 


Le "Parti Républicain Radical et Radical Socialiste", plus communément appelé "Parti Radical"  est le plus vieux parti politique français. Lorsque le 28 octobre 1938, l'incendie se déclare aux "Nouvelles-Galeries", les instances dirigeantes de cette véritable institution sont réunies à Marseille, dans l'enceinte du Parc Chanot, pour leur congrès annuel. Cette présence va donner une dimension politique nationale à un événement dramatique local. Mais qu’en est-il exactement de ce vénérable parti en 1938 ?
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LXXXI / NAISSANCE DU PARTI RADICAL :



Ledru Rollin

Ledru Rollin en 1848


Les radicaux existent en tant que tels depuis le début du XIXème siècle, avec de grandes figures politiques comme, par exemple Ledru-Rollin et Louis Blanc. Mais on pourrait facilement retrouver des traces de leur existence aux sources même de la Révolution, par les "Lumières", et principalement par Voltaire et Condorcet.

C'est le premier grand parti politique à l'échelle nationale fondé en France. Jusque là, en effet; il n'existait que des groupes parlementaires de différentes tendances politiques et des comités électoraux locaux aux concepts encore plus variées. L'idée de réunir au niveau national, dans un même parti des élus et des militants de même tendance, était un concept révolutionnaire.

A sa naissance, le 21 juin 1901, à Paris, le Parti Radical hérite de cette tradition radicale qu’avait porté de grandes figures politiques comme Gambetta ou Clemenceau. Avant même son apparition en tant que parti politique, le courant radical avait fourni à la République plusieurs grands serviteurs de l’Etat, sans oublier plusieurs Président du Conseil (Ferdinand Buisson ou Charles Floquet par exemple). Outre cet héritage, le nouveau parti fusionne avec plusieurs tendances rivales. C’est un assemblage hétéroclite de comités électoraux, de loges maçonniques, de sections de la Ligue des Droits de l’Homme, de la Ligue Française de l’Enseignement, dont la tendance de gauche semble majoritaire à ce moment là.

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LXXXII/ LE PROGRAMME DU "PARTI RADICAL" :


Plaque


Le Radicalisme possède une vision spécifique de l’organisation sociale et humaine fondée sur la primauté de l’individu. Il prend sa source dans l’histoire même de la République à laquelle il est étroitement lié. La profession de foi du radicalisme est composée de cinq points : "Laïcité, Solidarité, Humanisme, Tolérance, Universalisme"

Lors de la fondation du nouveau parti, la déclaration de clôture de ce premier congrès, lu par Camille Pelletan, servit de cheville ouvrière au programme politique revendiqué par les radicaux durant les premières années du XXème siècle. Cette déclaration insistait donc sur l'union à gauche, la nationalisation des grands monopoles, la séparation de l'Église et de l'État et la création d'un impôt égalitaire basé sur le revenu.

Ce programme fut partiellement appliqué durant les années suivantes, profitant d'une alliance à l'Assemblée Nationale, entre les socialistes (de Jean Jaurès) et les radicaux (qui mirent Émile Combes au gouvernement). Cette période fut marquée par la spectaculaire lutte contre les congrégations religieuses.


En 1907, au congrès de Nancy, le parti adopte enfin un véritable programme politique (présenté par une commission dont le rapporteur était Édouard Herriot) Nettement ancré à gauche, confirmé par le congrès de Pau en 1913, ce programme, avec quelques dépoussiérages, sera la cheville angulaire du programme politique de ce vénérable parti durant plus d'un demi siècle. 

Il prône une politique laïque et anticléricale, symbolisée par l’action du Président du Conseil Emile Combes (1902 – 1905) qui amènera les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat par le Gouvernement Briand. Il vante la propriété privée. En effet, les radicaux voient dans l’accession des salariés à la propriété le remède aux problèmes de la société industrielle.  

Durant l’entre deux guerres, les idées qu'il défend, constituent un ensemble dans lequel se reconnaît une grande partie des français. Tout d’abord, un attachement profond à la nation et au régime républicain, identifié au système parlementaire, ensuite une conception de la République qui intègre de manière indissociable la laïcité sans sectarisme, érigé en l’un des fondements de la République, dont l’instruction dispensée par l’école est le moteur du progrès social. Le tout est matiné d’une conception humaniste de la société et de la politique.

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LXXXIII/ LE SYSTÈME DU PARTI RADICAL


Carte d'adhérent

Carte d'adhérent 1932





Le Parti Radical est surtout une machine électorale, dominé par les notables et les parlementaires. Ceux-ci, membres de droit du Comité Exécutif élu chaque année par un congrès, ne se servent du parti que pour les élections. De fait, les structures restent donc très lâches.

C'est lors du congrès fondateur à Paris que le Parti Radical prit la forme qui fut la sienne et qu'il connut sans grand bouleversement durant toutes les IIIème et IVème République. Dès les premières heures, les congressistes décidèrent que le groupement de base serait le comité, sachant que dix membres adhérents suffisent pour constituer un comité.

Au niveau du canton, les comités sont alors regroupés, de la même manière au niveau supérieur des arrondissements puis de la circonscription. Le parti est donc un parti à base géographique où l'ensemble des organismes forme dans chaque département une fédération.

A cette fédération, les comités adhèrent comme les organes de presse ou toute autre structure qui veut s'associer au parti. Cette organisation pyramidale est chapeautée par un "Comité Exécutif" qui a en charge, la direction et l'administration du parti entre chaque congrès. C'est en fait ce "congrès" qui est l'instance suprême du parti.

Le "Comité Exécutif" comprend des membres de droit comme les parlementaires ou les notables locaux, qui désigne un bureau de trente trois membres qui élit un président qui cumule à la fois le poste de président du bureau et de président du parti. Dans ses statuts, le Parti Radical prévoit que son président sera élu pour un an. Le premier sera Gustave Mesureur. Jusqu’à l’arrivée de Édouard Herriot, peu ou prou, cette démarche sera observée.

Son électorat habituel se trouve dans les milieux petits bourgeois et chez les paysans des pays du sud de la Loire. Un assise solide pour un parti qui vise, avant tout, à gouverner.

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ILXXXV/ LE PARTI RADICAL DANS "L’ENTRE-DEUX-GUERRES" :


Le Parti Radical voit son apogée dans "l’entre-deux-guerres". Il pèse d’un poids considérable sur la vie politique française. Ainsi, sur les quarante-deux gouvernements qui se sont succédés durant cette période, treize sont présidés par des Radicaux (quatre gouvernements: Camille Chautemps, trois gouvernements: Edouard Daladier, Édouard Herriot,  deux gouvernements: Albert Sarraut et un gouvernement : Théodore Steeg

Son action demeure prépondérante dans le domaine de l’éducation grâce à deux de ses figures de proues : Édouard Herriot et Jean Zay. Conséquence directe de cette action, de nombreux intellectuels sont membres du parti ou sympathisants (Comme par exemple le philosophe Alain).

Sur le plan interne, la vie du parti est marquée par les oppositions conflictuelles Herriot-Caillaux puis Herriot-Daladier. De plus, la constitution d’une "Gauche Radicale" au sein même du parti, mouvement regroupant les parlementaires qui rejettent la discipline de parti, marque l’ancrage progressif à gauche de ce parti parlementaire.

Mais ce qui fait la curiosité de cette période d’entre deux guerre, sur le plan national c’est le volte-face politique soudain du Parti Radical à la charnière des années trente.

En effet, au début des années vingt, le Parti Radical prône une politique de gauche qui envisage de chasser la droite du pouvoir, de rétablir la laïcité de l’Etat, d’étendre les lois scolaires, de pratiquer une politique internationale de détente et de conciliation pour consolider la paix, et enfin, de rétablir l’équilibre des finances publiques

Avec le retour de Édouard Herriot à la tête du parti en 1931, le Parti Radical s’engage sur une voie nouvelle. Il reste, et le revendique, un parti de gauche, ce qui l’amène tout naturellement à pratiquer la "discipline républicaine" des désistements réciproques au profit des socialistes. Mais, au gouvernement, il se comporte en parti du "juste milieu", capable de regrouper autour de lui la majorité des français attachée à une République traditionnelle, loin des extrêmes qu’il soit réactionnaires ou révolutionnaires.

D’un coté, il dirige le gouvernement du "Cartel des Gauches" (1924/26), d’un autre, après avoir participé à l’élaboration et à la mise en place du "Front Populaire", c’est lui qui l’enterre en 1938. Mais cette politique antinomique pousse le Parti Radical, lorsqu’il est au pouvoir, à l’immobilisme par la contradiction permanente entre sa majorité et sa politique. Lorsqu’il tente de sortir de cet immobilisme, les gouvernements sont aussitôt renversés. L’issue de cette paralysie politique  est l’émeute du 6 février 1934 qui aboutit à la même conclusion que la panique financière de 1926 : les radicaux sont chassés du pouvoir au profit de la droite.

En résumé, les membres du parti sont tentés par une politique de gauche mais le parti, au gouvernement, pratique très souvent une politique de droite !

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