Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 

Hypothèses sur les causes du drame

 

Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.

 


La grande question depuis ce tragique 28 octobre 1938. Et malheureusement pas de réponse vraiment probante. Les preuves ont disparu dans l'incendie et les recherches des causes n'étaient à l'époque pas aussi poussées et techniques que de nos jours.

 


On s'accorde à dire que la découverte de l'incendie se situe vers 14 h 25', au premier étage, coté rue de l'Arbre, aux environs de l'échafaudage.

 

Cet  endroit du magasin était occupé par un rayon où l'on trouvait de  nombreux textiles suspendus à des portants. Cette disposition et ce mode de présentation offrent un environnement hautement favorable à une propagation très rapide des flammes. 

Cet environnement a donné naissance à un important volume de gaz de distillation qui sont, on le sait, eux-mêmes hautement combustible. De plus, un élément étranger va favoriser le feu. La présence en ces lieux de l’échafaudage crée une sorte de "cheminée" qui va permettre à ces gaz de se répandre dans la totalité du magasin avec une grande rapidité et une déconcertante facilité. Cette "cheminée" va ainsi permettre "l’inflammation généralisée" dont parlent tous les témoins.

Quelles que soient les critiques, souvent justifiées, que l’on puisse adresser à la Commission d’Enquête, on ne peut que la féliciter d’avoir pris l’initiative de procéder, sur une maquette grandeur réelle construite dans l’enceinte du port, à la reconstitution des premières minutes de l’incendie. Le but de cette reconstitution  est d’essayer d’en trouver les causes.

Autant cette reconstitution est instructive en permettant de visualiser les gestes des témoins et d’écarter certaines hypothèses, autant les conclusions que les experts vont en tirer laissent perplexes. Mais on a pu constater, grâce à cette reconstitution, que le feu s'est propagé avec une rapidité extrême (en moins de trois minutes) à toutes les ouvertures du magasin (coté Canebière, premier étage).

 


Si l'on écarte l'explication de l'attentat, cette constatation permet d’avancer la seule hypothèse vraiment crédible c'est-à-dire l’inflammation généralisée du bâtiment consécutive à une distillation de gaz très importante.

 

Dans le cadre de cette hypothèse, les observations des témoins puis de la Commission d’Enquête n’interdisent pas de penser que le feu ait pu se déclarer avant l’ouverture des portes, ou au moment même de cette ouverture.

Dans le premier cas, fort plausible, il s’agit d’un feu "ralentit" c’est-à-dire couvant jusqu’à ce qu’un appel d’air extérieur, comme l’ouverture des portes au public, l’attise. Étant donné l’absence de surveillance au premier étage entre douze et quatorze heures, rien ne vient contredire ce scénario.

Dans le second cas, la présence de matériaux hautement inflammables accélère encore plus le processus de déclenchement.

Toutefois, un mystère demeure. Si l’on arrive à comprendre comment le feu a pu rapidement se propager, on ne sait toujours pas comment il a pu prendre. D’après les experts de 1938, la réponse est très simple :

 


Il s’agit de l’imprudence d’un fumeur, en l’occurrence le contremaître Crepin. Ce serait donc un mégot mal éteint qui serait la cause principale du drame.

 

Nous sommes donc en présence du second cas où, après la pause déjeuner, le mégot met le feu au papier goudronné. Deux objections viennent immédiatement à l'esprit :

  1. -         Il est prouvé que Maurice Crepin, quoique fumeur invétéré, ne fumait jamais sur son lieu de travail pour des raisons de sécurité.
  2. -         Le papier goudronné, quant à lui, une fois enflammé brûle très bien et très vite mais, il met beaucoup de temps à s'enflammer.

La Commission d'Enquête, la police, les juges vont écarter immédiatement toutes les autres hypothèses comme la fuite de gaz, les vapeurs de peinture ou l'attentat, qu'il soit politique, vengeance personnelle ou acte d'un déséquilibré. Pourtant, quand on voit le nombre d'incendies criminels dans les mois précédant le drame, (à cette époque on évoque déjà la "cinquième colonne" pour expliquer ces catastrophes), une enquête en ce sens aurait pu être diligentée. Les pyromanes ne sont pas une création moderne !

Enfin, information à prendre avec précaution, il semble que la maison "Altieri" ait en fait emmagasiner ce jour là, dans le magasin, sept cents kilos de peinture, quantité qui semble nettement supérieure à la consommation journalière des peintres. Cette grande quantité de peinture, si sa présence était confirmée, aurait pu favoriser, soit l'éclosion du feu, soit l'attiser, par le biais des vapeurs de peinture. Toutefois, rien ne vient étayer ce soupçon et la maison "Altieri" niera avec vigueur cette rumeur.

 


Quant à mon hypothèse privilégiée, c'est un mélange de tout cela : un mégot qui permet au feu de couver durant toute la pause déjeuner et qui éclate lors de l'ouverture des portes au public grâce aux vapeurs de peinture.

 

Malheureusement, la destruction totale des preuves lors du drame, l'absence de témoins lors de l'instant " T " du déclenchement de l'incendie, empêcheront à jamais de connaître les causes exactes de la catastrophe.

 

Seules les hypothèses demeureront !

Haut


Retour 35ème Congrès du P.R.R.R.S.
Vendredi 28 octobre 1938
Réflexions et questions 1 :
sur la succursale marseillaise
Avant