Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 


Réflexions et questions 1 :
sur la succursale marseillaise

XCIV

Les moyens de détections

 
XCV

Le système Erny

 
XCVI

Les moyens d'alerte de la succursale

 
XCVII

Les consignes d'incendie et de détection

 
XCVIII

Le système de sonorisation 

 
XCIX

Les pompiers privés

 


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.

 


Le drame des « Nouvelles-Galeries » se caractérise surtout par une somme d’erreurs et d’insuffisances aussi bien dans les moyens de préventions à l’incendie se trouvant au sein du magasin que dans l'intervention proprement dite des sapeurs-pompiers. Mais plusieurs questions sont soulevées par les rapports et les articles de presse de l'époque. Nous allons essayer de répondre à plusieurs d'entre elles.

 

XCIV / Les moyens de détection de l'incendie :


Les "Nouvelles-Galeries" sont totalement dépourvues d'installation de détection incendie. Cette lacune permet au feu de se développer librement, sans contrainte, sans être détecté. Le seul moyen de s’apercevoir qu’un incendie se développe est encore de le voir ou de le sentir. En supposant que le feu se soit déclenché durant la pause déjeuner, aucun détecteur n'a pu le déceler et personne n'a pu le voir, l'inspecteur de surveillance étant resté au rez-de-chaussée. 

Mais la direction du magasin ne peut pas vraiment être accusée de négligence, puisqu'elle n'a violé aucun loi. La législation, malheureusement, ne viendra que bien plus tard.

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XCV / Le système Erny d'extincteurs automatiques (Becs sprinklers) :


Sprinkler


Le magasin était abondamment pourvu de becs Sprinklers, pas moins de deux mille sept cents cinquante. Une partie de ce système ne fonctionnait pas comme on l’a vu précédemment (une soixantaine de becs à l’opposé du lieu de naissance de l’incendie). Toutefois, tous les témoignages concordent pour signaler l’absence totale de fonctionnement du système au moment crucial. Certes, une partie des canalisations était dépourvue d’eau pour faciliter les travaux mais il est beaucoup plus probable que c’est l’ensemble de l’installation qui n'en possédait pas.

Suivant cette hypothèse, pourquoi une telle absence ? Probablement pour faciliter les travaux et favoriser la rapidité à la sécurité. En coupant l’eau, les ouvriers évitaient ainsi de multiples manipulations lorsqu’il leur fallait installer le système sur les faux plafonds. Cette hypothèse expliquerait l'un des témoignages (unique et bien entendu non confirmé par la maison Erny), indiquant qu'un employé de la maison Erny s'est précipité au sous-sol (où se trouvait les vannes d'alimentation en eau) lorsque l'incendie s'est déclenché.


Toutefois, un fait troublant vient perturber cette hypothèse. Lorsque les sapeurs-pompiers aidés par les soldats du Génie effectuèrent une visite de sécurité des sous-sols deux jours après le drame, ils dégagèrent le bac alimentant le système, recouvert des gravats dû au dynamitage des murs. Or, les canalisations amont et aval étaient rompues. Les experts se contentèrent de conclure que cette rupture était la conséquence des dynamitages lors de la mise en sécurité de la zone.

Par contre, si cette rupture est antérieure à l’incendie, le drame des "Nouvelles-Galeries" n’est peut-être pas seulement un accident et relance l'hypothèse de l'incendie criminel. Il est aussi regrettable qu'aucune constatation sur la position des vannes ait été faite à ce moment là.

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XCVI / Les moyens d'alerte de la succursale :


Téléphone années 30


Pour prévenir l’extérieur d’un drame, les "Nouvelles-Galeries" disposent d’une ligne téléphonique directe entre le magasin et la caserne centrale des Sapeurs-Pompiers installée au boulevard de Strasbourg. Malheureusement, cette ligne n'a été utilisée que très tardivement (treize minutes après la découverte officielle du sinistre) et une minute après l'appel fait par un poste extérieur au magasin, en l'occurrence celui du bureau d'Air France, 3 rue Papère.

Mais quelle explication peut-on donner à un tel retard ?

Deux explications sont envisageables pour expliquer cette absence de réaction. Le coup de téléphone n'a pas été passé  :

 

  1. -         soit parce que personne n'a pensé à donner l'alerte,
  2. -         soit parce que chacun pensait que quelqu'un d'autre l'avait fait.

Dans les deux cas, ce retard résulte probablement de l'absence de réelles consignes incendies auprès du personnel de la succursale.

Les secours ont donc été appelés beaucoup trop tard, alors qu'il n'y avait plus grand chose à tenter pour essayer de sauver le magasin. Il est à noter l'absence à Marseille d'avertisseur public dans les rues qui aurait, peut-être, permis de déclencher un appel plus rapide.

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XCVII / Les consignes incendie et les consignes d'évacuation :


Le magasin ne possédait pas de plan d'évacuation établi, seulement des consignes vaguement directives, plusieurs fois rappelées par notes de service. Toutefois, celles-ci étaient tellement nombreuses que le personnel ne prenait plus la peine de les lire. La quasi totalité des employés travaillant aux "Nouvelles-Galeries" ignorait donc la conduite à tenir en cas de catastrophe.

De même, aucun exercice d'évacuation n'a jamais eu lieu. Le personnel ignorait donc comment évacuer le magasin. Les escaliers n'ont pu être utilisés, soit parce qu'ils étaient envahis par la fumée, soit par manque de connaissance des cheminements d'évacuation.

Toutefois, une étrange coïncidence, encore une, est à remarquer. Alors que les consignes ne sont affichées nulle part, le directeur du magasin va pondre une note de service dans les jours qui précèdent le drame pour rappeler … les consignes incendies et la conduite à tenir en cas de sinistre

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XCVIII / Le système de sonorisation du magasin :


A l'époque, la sonorisation des magasins n'était pas aussi répandue que de nos jours. Elle n'existait pas dans la succursale marseillaise. Il est évident que si elle avait été en place, l'évacuation aurait été rendue possible en prévenant les clients puis en les guidant vers les issues de secours.

Dans le cas présent, les clients se sont rendus compte du drame qui se jouait uniquement à la vue des flammes ou de la fumée. A ce moment-là, pour toutes les personnes se trouvant dans les étages, il était trop tard. Le magasin s'était transformé en piége mortel.

L'évacuation était rendue impossible par la fumée, la coupure de courant, la panique,  l'absence d'appel au calme et l'absence de consignes d'évacuation. Si une sonorisation générale avait existé, des consignes d'évacuation auraient pu être données et il y aurait eu probablement moins de victimes.

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XCIX / Les pompiers privés :


Le jour de l'incendie, les "Nouvelles-Galeries" ne possédaient pas de service composé de pompiers. Or, une équipe de cinq ou six pompiers entraînés, disposant de deux ou trois robinets d'incendie, aurait pu maîtriser sans trop de problème le sinistre dès son apparition.

Dans le passé, un tel service exista à l'intérieur du magasin, de juin 1927 à juillet 1934, service organisé par le directeur de l'époque, Monsieur Moreau. Ce service comprenait quatre à cinq hommes qui, tous les soirs, déroulaient les manches à incendie et entretenaient le matériel. Ce service aurait été supprimé par le directeur actuel, Monsieur Foucher, pour des raisons économiques, à la demande de la direction parisienne, semble t'il.

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