Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 

Réflexions et questions 2 :
sur l'intervention des sapeurs-pompiers

C

L'intervention fractionnée des Sapeurs-pompiers

 
CI

Comparatif Sapeurs-pompiers 1938 / Marins-pompiers 1940

 
CII

Intervention anarchique des Sapeurs-pompiers

 
CIII

Capacité des Sapeurs-pompiers à lutter contre l'incendie

 
CIV

Dysfonctionnement de l'ensemble Somua-Monitor

 


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.

 


Le drame des « Nouvelles-Galeries » se caractérise surtout par une somme d’erreurs et d’insuffisances aussi bien dans les moyens de préventions à l’incendie se trouvant au sein du magasin que dans l'intervention proprement dite des sapeurs-pompiers. Mais plusieurs questions sont soulevées par les rapports et les articles de presse de l'époque. Nous allons essayer de répondre à plusieurs d'entre elles.

 

C / L'intervention fractionnée des Sapeurs-Pompiers :


A première vue,  il est stupéfiant de constater qu'au premier appel, un seul camion ne soit parti alors que l'interlocuteur annonçait "feu aux Nouvelles-Galeries". Pourtant, un incendie dans un lieu où se trouve la foule, possédant une quantité importante de matière inflammable, en plein centre ville, est la hantise de tous les pompiers.

Il est encore plus stupéfiant de constater qu'il faille attendre la présence, sur les lieux du sinistre, du capitaine commandant le Corps, pour que la totalité des renforts soient réclamée.

De tout temps, la phase d'attaque d'un incendie est la phase la plus délicate car c'est celle de la mise en place des moyens de lutte. Elle va décider de l'avenir immédiat de l'incendie. Or dans le cadre des "Nouvelles-Galeries, c'est la phase qui comporte le plus d'erreurs de la part des Sapeurs-Pompiers de Marseille

    • Départ échelonné des moyens de secours
    • Retard ou omission dans la demande des renforts
    • Secours "a priori" dans l'intervention

Cette intervention fractionnée peut avoir deux raisons :

La principale est  une mauvaise évaluation du risque lors de l'appel initial. On croit à un simple feu de rayon. Pourtant, si le feu est visible de l'extérieur (Pour mémoire, le premier appel vient  de l'extérieur), c'est que l'incendie est déjà important.

La deuxième est en rapport directement avec l'organisation même du corps des Sapeurs-Pompiers de Marseille. En effet, l'absence de caserne se faisait particulièrement sentir aux heures des repas. Aucune installation de réfectoire suffisante n'existant, les Sapeurs-Pompiers prenaient leurs repas chez eux en deux bordées. C'est ainsi qu'à ces heures là, les cinq piquets d'incendie prévus étaient réduits à deux et demi soit vingt hommes plus quelques disponibles, soit au total environ trente hommes. Lorsque l'alerte a été donnée, une partie de la deuxième bordée commençait seulement à rejoindre le casernement. Cela donne aussi une explication à ce départ échelonné, fait au gré des disponibilités..

Haut

 

CI / Comparaison sapeurs-pompiers 38 / marins-pompiers 39

Il est difficile de comparer un corps municipal qui doit tout les jours se battre avec son autorité de tutelle pour obtenir la moindre rallonge budgétaire, aussi minime soit-elle, avec un bataillon militaire qui, dès sa création, disposa des hommes, du matériel, et du budget, le tout de surcroît dans des proportions sans aucune mesure avec celle de son prédécesseur. Un bref tableau permet de mettre immédiatement en évidence cet état de fait :

 

CORPS

BATAILLON

DIFF.

I : EFFECTIF TOTAL

Dont Officiers

Hommes

395

14

381

572

17

555

+ 177

+ 3

+ 174

II : Casernes

       Postes à Incendie

1

2

4

4

+ 3

+ 2

 

 

Récupérés

Neufs

Total

 

III : Bateaux Pompes

2

2

0

2

0

IV : Autopompes

Grande puissance
Premiers Secours
Fourgons pompes

 

5

3

1

 

5

0

0

 

3

6

6

 

8

6

6

 

+ 3

+ 3

+ 5

V : Motopompes

Remorquables
Portables

 

Inconnu

Inconnu

 

0

0

 

6

6

 

6

6

 

VI : Lance Monitor

Autopompe Somua
Camions dévidoirs

 

1

0

 

1

0

 

0

6

 

1

6

 

0

+ 6

VII : Voitures légères

Liaison
Peugeot 202 pour feux cheminées et secours blessés

 

1

0

 

 

1

0

 

 

0

7

 

 

1

7

 

 

0

+ 7

 

VIII : Tracteur Grue

1

1

1

2

+ 1

IX : Groupe électro ventilateur

0

0

1

1

+ 1

X : Générateurs à mousse pour feux d’hydrocarbure

0

0

4

4

+ 4

XI : Camionnette légère tout usage

1

1

6

7

+ 7

XII : Grande Echelle sur porteur

1

0

1

1

0


A cette liste impressionnante, il faut rajouter dix camions de dix tonnes en provenance du Service du Nettoiement de la Ville de Marseille qui seront transformés, pour huit d’entre eux en camions-citernes et pour les deux derniers en camions mousses spécialisés dans le combat des feux d’hydrocarbure.

Enfin, comme on peut le constater, une partie du matériel de l’ancien Corps des Sapeurs-pompiers a été récupéré par le Bataillon, les engins trop anciens étant versés à la refonte.

Il est donc impossible de comparer réellement ces deux unités. La seule constatation que l'on peut faire est que, dès sa création, le Bataillon a bénéficié d’avantages auxquels son prédécesseur n’a jamais eu accès malgré ses nombreuses requêtes et avertissements. 

L’avantage des militaires sur les civils  !!!

Haut

 

CII / L'intervention anarchique des secours :


La raison principale est l'absence de commandement centralisé efficace dans les premières minutes de l'intervention. Le capitaine Durbec, directeur officiel des secours, arrivant trop tard sur les lieux du sinistre, les premiers secours s'étaient engagés de leur propre chef, au petit bonheur, au gré des décisions indépendantes prises par chaque chef d'échelon lors de leur arrivée sur les lieux.

De plus, conséquence directe de l'absence d'encadrement dans ces premières minutes dramatiques, une utilisation totalement irrationnelle des bouches à incendie fut effectuée, certaines étant trop sollicitées, d'autres pas assez. De même, on constate un emploi massif des petites lances alors qu’il s'avère, vu l'ampleur du sinistre, que les grosses lances auraient déjà été insuffisantes à ce moment là.

Cette absence de commandement entraîne aussi une erreur énorme dans l'attaque du sinistre. Les Sapeurs-Pompiers de Marseille encerclent le sinistre pour tenter de le combattre. Or, avec le vent soufflant à ce moment là, cette tentative était illusoire. Pour un maximum d'efficacité, il fallait attaquer le foyer dans le sens du vent, c'est à dire par la rue Thubaneau et non par la Canebière comme cela a été pratiqué. De plus, pour rajouter de l'efficacité à cette attaque "dans le sens du vent" les grosses lances-incendie auraient dû être placées en hauteur, sur les toitures des immeubles de la rue Thubaneau, par exemple, plus haut que l'immeuble des "Nouvelles-Galeries".

Enfin, chose qui marqua le plus les témoins, et fit penser que les Sapeurs-Pompiers étaient affolés, fut l'inefficacité presque totale des secours dans les sauvetages humains. En effet, entre l'arrivée des secours (14h40') et l'effondrement de la façade (14h58'), il s'écoule dix huit minutes. Des sauvetages plus tranchants auraient pu être tentés avec, par exemple, l'utilisation de la grande échelle, chose non faîte.

Haut

 

CIII / Capacité des sapeurs-pompiers à lutter contre l'incendie :


Sapeurs-Pompiers


Une photo révélatrice

Les journaux parisiens doutent de la capacité des pompiers marseillais à lutter contre l'incendie et publie des photos accablantes.



Le personnel d'encadrement du corps des Sapeurs-Pompiers a été débordé avec une grande rapidité par l'ampleur du sinistre. Il est compréhensible qu'un sinistre comme celui qui détruisit les "Nouvelles-Galeries" peut surprendre n'importe quel directeur des secours mais un bon entraînement et de nombreuses simulations permettent de répondre avec plus d'efficacité au problème posé par ce type de sinistre. Cette perte de maîtrise, constatée par tous les témoins, est due principalement à un manque d'instruction et d'entraînement de ce corps d'élite.

Ce manque d'entraînement du personnel d'encadrement est particulièrement visible lorsqu'il faut utiliser les bouches à incendie autour du magasin en flamme. L'utilisation anarchique qui en est faite montre la carence évidente de l'encadrement alors que les bouches à incendie forment la base de l'instruction des pompiers professionnels.

Mais les simples soldats du feu étaient aussi mal entraînés. L'une des explications avancée par le commandement est une absence de locaux adaptés et un manque de terrain d'entraînement. Toutefois l'exiguïté, bien réelle, de la caserne de Strasbourg ne peut être avancé comme excuse principale, car des terrains auraient pût être trouvés si le commandement s'était donné la peine de chercher.


De même, les nombreuses crevaisons de tuyaux (fait incontestable qui a frappé tous les témoins) ne sont pas le signe d'un contrôle technique sérieux. Même si des causes extérieures peuvent justifier en partie ces crevaisons, leur nombre très important démontre la faiblesse de l'entretien du matériel.


Le matériel disparate (bouches, raccords) et de plus d'un modèle différent de celui des autres grandes villes françaises explique les difficultés rencontrées par les chefs des détachements "extra-muros" arrivés en renfort. C'est la raison principale qui poussera ces détachements à se contenter de relever les Sapeurs-Pompiers marseillais en utilisant le matériel trouvé sur place et non de s'engager avec armes et bagages contre le sinistre.

Haut

 

CIV/ Le dysfonctionnement tragique de l'ensemble Somua-Monitor :

Somua

Somua/Monitor : Paris en dispose aussi

Paris et son BSPP dispose aussi d'autopompes Somua, ici à l'entrainement d'alimentation, comme celà se déroula dans la réalité sur La Canebière, avec la bouche BI.431.

 


Afin d'élucider l'insuffisance d'alimentation de l'ensemble Monitor-Somua constatée lors de l'incendie, une expérience de remise en service dans les mêmes conditions que le 28 octobre 1938 est effectuée avec la Bouche Incendie 431 (BI.431) qui alimentait le Monitor ce jour là. Après essai, la conclusion est évidente. L'insuffisance d'alimentation est due à un diamètre insuffisant de la conduite d'alimentation de la bouche à incendie, conduite d'une longueur de plus trop importante, entraînant une perte de charge appréciable, rendant la BI.431 impropre à l'alimentation du Monitor.

Une expérience similaire effectuée avec succès sur la BI.231 située dans l'enceinte portuaire, indique un manque flagrant de précisions dans la note de service en date du 5 février 1937, émise par la 6ème Section du Canal qui servit à la mise à jour des "Carnets de Bouches" de chaque piquet incendie. En effet, cette note laissait supposer que la BI.431 était alimentée par le Réseau Central avec un conduite de 0,4 de diamètre, diamètre permettant l'utilisation du Monitor. Or, celle-ci est en fait alimentée par une conduite de 0,08, descendant de La Canebière sous le trottoir sud et alimentée par le Nouveau Réseau. Les chefs de piquets ne pouvaient connaître ce détail et ont fait confiance à leurs "carnets de bouches" entraînant le sous emploi du Monitor.

Toutefois le sous-lieutenant Cayol n'est pas non plus exempt de toute critique quant à sa gestion de l'utilisation du Monitor lorsque la défaillance apparut. 

Haut


Retour Réflexions et questions 1 :
sur la succursale marseillaise
Vendredi 28 octobre 1938
Réflexions et questions 3 :
sur le drame proprement dit
Avant