Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 

Réflexions et questions diverses

CXIII

Le devenir des ex-employés des "Nouvelles-Galeries"

 
CXIV

Les diverses souscriptions

 
CXV

Le rôle du Mistral

 
CXVI

L'hôtel de Noailles et les Rastoin

 


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.

 


Le drame des « Nouvelles-Galeries » se caractérise surtout par une somme d’erreurs et d’insuffisances aussi bien dans les moyens de préventions à l’incendie se trouvant au sein du magasin que dans l'intervention proprement dite des sapeurs-pompiers. Mais plusieurs questions sont soulevées par les rapports et les articles de presse de l'époque. Nous allons essayer de répondre à plusieurs d'entre elles.

 

CXIII / Le devenir des ex-employés :


Comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, des dissensions syndicales vont apparaître au sein du groupe des employés survivants, et ce dès le lendemain du drame. La C.G.T. et les syndicats d’obédiences patronales vont se livrer une guerre sans merci, arbitrée par une direction qui n’en demandait pas tant. De cette lutte fratricide, rien de réellement positif ne va sortir.

En ce qui concerne les salaires, ceux-ci sont versés à compter du 4 novembre 1938 dans les locaux de « Uniprix », suivant une procédure très dirigiste, tel service à telle heure et tel jour.

Ce sera la seule bonne nouvelle de ces journées sombres. En effet, les employés ont dans un premier temps été placés en chômage technique mais l'espoir est de courte durée car dès le lendemain de l'incendie, la direction générale des "Nouvelles-Galeries" annonce son intention de ne pas procéder à la reconstruction du magasin marseillais dans un avenir proche. En même temps que les salaires, la direction annonce qu'elle va tenter de reclasser un maximum d'employés au sein du groupe. A la fin de l'année 1938, la direction générale propose donc des postes dans les autres succursales françaises. La plupart des anciens employés du magasin marseillais refuseront de "s'exiler" à Lilles, Rouen ou Strasbourg. Heureux refus pour la direction parisienne car, de toute manière, les places proposées sont quantitativement nettement inférieures au nombres des employés à reclasser

De surcroît, une polémique se fait jour dès les premières propositions de reclassement, la direction étant accusée de "favoritisme", accusation longtemps larvée qui éclata au grand jour lors du procès de 1942. D'après plusieurs témoignages faits sous serment, la direction générale des "Nouvelles-Galeries" embaucha en priorité et exclusivement ceux qui étaient à la fois, les mieux notés (chose encore compréhensible par les anciens employés) et surtout syndiqués "correctement", c'est-à-dire appartenant à un syndicat proche du patronat. Les syndiqués de la C.G.T., majoritaire au sein des employés de l'ancien magasin, se retrouvèrent tous évincés des propositions de postes.

Toujours est-il qu'en 1942, à Marseille, les "Nouvelles-Galeries" conservent seulement un bureau d'achat à Marseille, bureau toutefois fortement contrôlé par l'agence régionale de Lyon. Dirigé par Mr Léopold Anglade, ancien chef du service livraison, il est installé au 3 Cours Saint Louis et n'emploie que quelques employés dont l'ancien chef du contrôle des caisses, Mr Agnone.

Quant à l'ancien directeur Mr Foucher, il est nommé par le Conseil d'Administration inspecteur commercial des succursales "Nouvelles-Galeries".

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CXIV / Les diverses souscriptions

Le jour même du drame, plusieurs souscription sont ouvertes aux bénéfices des victimes et de leurs familles. Le premier à se manifester fut le Parti radical, bientôt suivi par tous les journaux, chacun voulant avoir le plus de dons et montrer ainsi son influence. Au final les souscriptions rapporteront plus de 2.6 millions de francs qui seront répartis de la manière suivante :

Répartition globale des différentes souscriptions aux victimes
Orphelins (Constitution d'une rente alimentaire mensuelle à servir jusqu'à leur majorité et d'un capital disponible à la même époque) Frs 767.367,05
veufs et veuves de disparus (secours en espèce Frs 468.000,00
Ascendants de disparus et collatéraux (secours en espèce) Frs 602.977,55
Blessés (Secours en espèce)  Frs 098.600,00
Personnel rescapé (secours en espèce)   Frs 764.313,75
TOTAL Frs 2.695.258,35


Une petite anecdote concernant une des souscriptions du Parti Radical : le parti ayant annulé le banquet de fin de congrès, les instances dirigeantes proposèrent de verser le montant du repas (38 francs) aux victimes de la tragédie. Quelques délégués ayant protesté, il fut décidé que, pour ceux qui le voudrait, la somme de 8 francs serait remboursée.

Argent, quand tu nous tiens !

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CXV / Le rôle du Mistral :


On peut se poser la question de savoir à quelle puissance soufflait réellement le mistral ce jour là. L'une des premières causes de propagation du sinistre est le vent. Tous les témoignages, tous les rapports, mentionnent un temps maussade et un fort mistral de l'ordre de 60 km/h  avec même des pointes supérieures.

Les journaux du 28 octobre 1938 prévoit dans leurs colonnes "vent de secteur Nord-Ouest modéré et irrégulier. Mistral momentané" et observe le lendemain "Ciel nuageux hier à Marseille avec un vent de Nord-Ouest."

Les  registres de la météorologie nationale pour ce jour là indiquent quant à eux :

Marseille Observatoire les 28 et 29 octobre 1938

DATE Heu

DONNÉES

CIEL

VENT

Pression

Mm Hg

Temp.

Deg. C

Hygro

En pct

Mini

Maxi

Direction

Vite.

Km/h

28/10

7

752,5

6,0

68

5,3

11,1

Peu nuageux

Nord-ouest

16

12

751,1

10,0

55

Nuageux

Nord

36

18

752,5

6,8

55

?

Nord

30

29/10

7

754,5

3,9

65

3,9

10,8

Clair à peu nuageux

Nord

16

12

754,4

9,7

52

?

Nord-ouest

18

18

756,4

6,6

69

Ciel invisible

Nord-ouest

25


Comme on peut le constater, la puissance du mistral relevée par la météorologie nationale est loin d'avoir la puissance indiquée par les différentes sources. Les journaux eux-même, dans leurs rubriques spécialisées, semblent montrer l'existence d'un vent modéré. 

Alors, qui croire ? 

Je pense que les Sapeurs-Pompiers ont eu intérêt, dans leurs différents rapports, à exagérer la puissance du vent pour se dédouaner des éventuelles fautes initiales qu'ils avaient pu commettre. De même, lors des différents procès intentés contre la municipalité, celle-ci a eu intérêt à chercher des causes extérieures pour tenter de limiter les accusations portées contre son "incurie". Et c'est ainsi que la légende d'un mistral d'au minimum soixante kilomètre heure avec des pointes de quatre vingt kilomètres a vu le jour.

Ceci-dit, un mistral d'une puissance de 30/40 km/h n'est toutefois pas un petit vent !

 
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CXVI / "L'hôtel de Noailles", "l'Huilerie Nouvelle" et les Rastoin : 


Les grandes familles bourgeoises marseillaises sont avant tout des familles d'industriels dont beaucoup ont bâti leur fortune sur les huileries. L'une des premières familles (et fortune) marseillaise est la famille Rastoin, propriétaire entre autre de "l'Huilerie Nouvelle". A l'inverse des autres entreprises, ce qui caractérise l’Huilerie Nouvelle est l’importance de son portefeuille financier. L’essentiel de l’investissement immobilier, hormis les usines et les maisons qui les environnent, est constitué de "l’Hôtel de Noailles". Paradoxalement, comme Emile Rastoin le déclara à Pierre-Paul Zalio lorsque celui-ci écrivit son ouvrage sur les grandes familles marseillaises, cette acquisition se révéla une très bonne affaire et l'incendie dont il fut victime le 28 octobre 1938 ne fut pas une aussi grande catastrophe financière que cela ! L'hôtel avait été acheté par les Rastoin, par le biais de l'Huilerie-Nouvelle, au début des années trente comme placement financier à vocation patrimoniale. A ce propos, il faut noter qu'il avait pris la précaution d'acheter les murs et non le fonds de commerce. La suite, c'est Emile Rastoin qui la raconte : 

"Cet immeuble a été gravement dégradé par l‘incendie des Nouvelles Galerie en 1938, qui a fait 70 morts, cela ne marchait pas du tout à ce moment-là [il parle de la politique municipale] et l’incendie était tel que cela avait brûlé toutes les façades, et les dirigeants s‘étaient félicités,. Je les ai entendus souvent en parler, parce qu‘ils ont fait réparer immédiatement avec l’argent de l’assurance, alors que s’ils avaient attendu deux ans ils perdaient l’argent." 

Les opérations d'entretien et réparations, qui entre parenthèse devenaient à l'ordre du jour au moment de l'incendie, ont donc été payé par les assurances.

Les Rastoin se sépareront de l'hôtel de Noailles au tout début des années cinquante, lorsque la législation sur les hôtels et commerces changea, créant  une nouvelle taxe à laquelle étaient assujettis les propriétaires des murs de l'hôtel.

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