Réflexions : État des lieux succinct et sans concession

vitrolles-5.

Vendredi 17 septembre 2010 :

La suite de mon travail sur Vitrolles avec aujourd’hui un état des lieux que je veux le plus impartial et le plus complet possible.

Avant de commencer mes réflexions, il faut dans un premier temps effectuer un état des lieux de notre cité. Le problème posé est donc d’établir un constat de Vitrolles, un constat le plus près possible de la réalité, une photo en quelque sorte.

Je suis intimement convaincu qu’avant d’entrer dès la semaine prochaine dans le vif du sujet, il est important de rappeler certains chiffres, certains événements importants, certaines constatations, certaines problématiques, pour trouver les clefs de notre ville et essayer de comprendre pleinement à la fois les rouages et les enjeux qui y sont rattachés.
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I/ Bref historique

Avant toute chose, une petite présentation s’impose.
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Vitrolles est donc une commune située dans le département des Bouches-du-Rhône et appartenant à la région Provence Alpes Cote d’Azur. Elle est membre de la Communauté du Pays d’Aix.
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Située sur les bords de l’étang de Berre, elle est au cœur du triangle métropolitain Salon, Aix-en-Provence, Marseille, triangle à la fois économique, politique et historique. Ce triangle est au cœur de son histoire et source de rivalités territoriales qui, même de nos jours, ne sont pas complètement éteintes comme nous le verrons lorsque j’aborderais la problématique du Grand Marseille.
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Historiquement parlant, on trouve la première mention du lieu dans un cartulaire appartenant à la fameuse abbaye de Saint Victor. On y évoque alors le « castrum quod vocatur Vitrolla ». Toutefois, il est fort probable que Vitrolles soit beaucoup plus ancienne que cela, les premières installations sur le territoire communal remontant au IVème siècle avant Jésus-Christ. Je ne vais pas m’étendre sur les différentes périodes qui ont marque son histoire (Chora massaliote, occupation romaine, invasions barbares, Provence, annexion au Royaume de France, etc …) mais je vais par contre m’arrêter au constat économique, social et politique que l’on peut faire en de ce début de millénaire.
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II/ Survol politique :

On ne peut faire de constat politique de notre ville sans se pencher quelques instants sur son histoire récente, tourmentée, passionnée, conflictuelle. Il est encore plus difficile de le faire si on n’évoque pas certains « personnages » qui, pour quelques uns d’entre eux, ont encore une activité politique.

En 1995, un premier coup de tonnerre ébranle les fondements de la ville. Bruno MEGRET, secrétaire général du Front National, échoue de peu à la conquête du siège de maire, occupé par l’avocat Jean-Jacques ANGLADE, socialiste. Les 43 % obtenus ce jour là par le FN sont alors un score mémorable pour ce parti.

A la suite de l’annulation de ces élections en 1997 pour cause de dépassement de frais de campagne, de l’inégibilité de Bruno MEGRET, sa femme Catherine est élue au second tour dans un climat détestable avec près de 53 % des suffrages exprimés.
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Inutile de rappeler, commenter ou s’étendre sur les cinq années de gestion de la ville par le MNR, d’autres l’ont fait avant moi et pour certains avec plus de talent et de perspicacité que moi. Je dirais simplement que ces années là furent difficile et plus difficiles encore fut le début du troisième millénaire.

En 2001, les élections municipales sont marqués par la réélection de Catherine MEGRET, alors candidate du MNR, lors d’une triangulaire avec 45,3% des voix contre 44,1% pour la liste de gauche menée par Dominique TICHADOU et 10,6% pour la liste de droite par Christian ROSSI. Toutefois, un tract diffamant Christian ROSSI distribué deux jours avant le second tour entrainera de nouveau l’annulation de cette élection.

Un an plus tard, le 6 octobre 2002, Guy OBINO menant une liste de gauche regroupant socialistes, communistes et Verts sera élu à la tête de la municipalité avec un peu plus de 54 % des suffrages lors d’un duel.

Six ans plus tard, le même Guy OBINO, avec une liste plus accès « société civile » mais comprenant toujours les composantes historiques de sa première élection, sera réélu face à une liste UMP et alliés menée par Christian BORELLI avec 56 % des voix.
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Le 7 octobre 2009, Guy OBINO meurt à la suite de ce que l’on appelle pudiquement une longue maladie. Après une tragi-comédie comme seule Vitrolles et surtout le Président du Conseil Général peut le faire, le jeune premier adjoint Loïc GACHON est élu par le conseil municipal pour succéder à son mentor.
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III : Quelle démographie

Il n’est vraiment pas si loin le temps où Vitrolles comptait moins de mille habitants ! Très exactement soixante et dix ans !
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Il y a très exactement cent ans, le recensement officiel effectué en 1910, et publié l’année suivant, avait dénombré 819 habitants. Quatre vingt dix sept ans plus tard, les vitrollais sont désormais quarante cinq fois plus avec le chiffre impressionnant de 37479 habitants se répartissant sur un territoire de 3658 hectares.
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Si on affine cette croissance, on s’aperçoit qu’entre 1968 et 1999, elle a connu une augmentation urbaine exponentielle, multipliant par sept sa population en moins de 40 ans.
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Avec une densité de 1016 habitants au km2, Vitrolles est dans la moyenne des villes de même taille dans le département. En comparaison, la densité totale des Bouches-du-Rhône est de 361 habitants au km2 tandis que celle de Marseille est de 3314.

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Un tiers de la population est âgé de moins de 30 ans. Nous sommes donc en présence d’une population très jeune mais une population qui a la caractéristique première de vieillir, phénomène apparu depuis quelques années déjà. Nous étudierons les répercutions de cet état de fait, entre autre sur les logements et l’éducation quand nous aborderons le problème.
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Autre chiffre important à retenir : 53 % des ménages vitrollais sont des familles monoparentales ou à une ou deux personnes.
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Il est aussi impossible de passer sous silence la polémique qui vient d’éclater au moment même où je relis cet article : pour la C.P.A., la population de la ville de Vitrolles est supérieure à la barre fatidique des 40000 habitants.
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Pour cette collectivité territoriale, la véritable population de Vitrolles en 2010 serait de 41658 habitants. La méthode pour obtenir ce chiffre est empirique mais pleine de bon sens : 14868 foyers de 2.8 personnes chacun (moyenne départementale). Même si ce chiffre est une approximation, la C.P.A. avance que Vitrolles a largement dépassé les chiffres donnés par l’INSEE et qui servent de base de calcul à toutes les dotations, aides, classifications étatiques. L’Etat aurait donc « volé » Vitrolles grâce à cette minoration de population.
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Une affaire à suivre de près donc.
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III/ l’habitat sur Vitrolles
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Tout d’abord, un chiffre, celui du prix moyen du m2 : 3300 euros.
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L’habitat sur Vitrolles, c’est 14878 logements dont 98 % sont des résidences principales. Pas de grand flux migratoire durant les saisons touristiques à craindre si l’on tient compte de cette constatation. On vit à Vitrolles, on n’y vient pas pour y passer les vacances.

5898 de ces logements sont des résidences pavillonnaires. Le reste, donc un peu plus de 60 %, sont des logements en habitats collectifs et 68 % d’entre eux sont des T4 (en villas ou en appartement).
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Ce dernier chiffre est un problème récurrent de la ville qui, alors que les familles diminuent, se retrouvent avec un parc de grands logements en inadéquation avec la demande, en totale inadaptation à la situation réelle. Cela entraine une pénurie de petits logements et des difficultés pour les familles peu nombreuses à trouver un habitat sur le territoire communal. Il ne faut pas oublier la prépondérance des familles monoparentales ou isolées sur notre commune.
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La ville de Vitrolles possède le plus fort taux de logements sociaux de la CPA avec 31,6 % de logements sociaux (soit 11.6 % de plus que ne l’impose la loi SRU). Pas moins de douze bailleurs sociaux interviennent quotidiennement sur le territoire communal et onze d’entre eux sont concernés par le programme CUCS mis en place sur notre ville.
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Chaque année, le service municipal du logement reçoit quelque 1000 demandes de logement social mais seulement 2 à 3 % d’entre elles peuvent recevoir satisfaction. Il faut savoir que la municipalité ne gère que 15 % du parc des HLM de la commune, soit 609 appartements. Quant au délai d’attente, il est, en moyenne, de deux à trois ans.
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Plus de la moitié du parc social se trouve dans le territoire du plan de Gestion Urbaine de Solidarité et de Proximité – GUSP (les Pins, la Petite Garrigue, la Frescoule, Les Hermès, le Liourat, la Tuillière). Ce parc social, devant être rénové dans les trois prochaines années, représente un total de 2205 logements sur les 2800 logements compris sur ces zones. En effet, près d’un logement sur cinq construit sur Vitrolles se trouve sur ce secteur.
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Parallèlement à ce bilan, une autre constatation d’importance saute aux yeux : si l’on retire les zones protégées, les zones sous contraintes, les zones déjà urbanisées, les zones inconstructibles, il n’existe quasiment plus aucun espace pour construire des logements supplémentaires sur le territoire communal.
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Si Vitrolles veut gagner en population et atteindre la barre des 40000 habitants (si ce n’est pas déjà fait) comme ce fut au gout du jour les derniers temps du mandat de Guy Obino, la seule solution qui s’offre à elle est la requalification de zone déjà urbanisée et privilégier l’habitat collectif. Mais nous verrons dans les semaines à venir que ce n’est pas gagné d’avance, surtout si l’on part du postulat, que je soutiens pleinement, de ne pas toucher aux zones vertes et aux zones protégées.
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IV/ Le social et le travail à Vitrolles
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Les situations socio-économiques constatées sur notre territoire démontrent la grande précarité qui touche les habitants de notre commune : fort taux de chômage, fort taux de logement sociaux, fort taux d’allocataires de la C.A.F, fort taux de bénéficiaires de la CMU. Bilan encore plus consternant quand on s’aperçoit que ces taux ne sont pas seulement élevés mais ont aussi tendance à croitre.
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Le bassin du secteur de Vitrolles comptait, en décembre 2008, 10364 entreprises dont près de la moitié sont des micro-entreprises (4561) sans aucun salarié, l’ensemble représentant quelque 25 000 emplois répartis dans pratiquement tous les secteurs d’activités.
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Le taux du chômage communal est difficile à chiffrer même si on peut l’évaluer aux environs de 14 %, chiffre toutefois largement supérieur à la moyenne nationale (9.3 %), à celui du département (11,7 %) mais aussi à celui de la CPA (8.7 %). En 2009, environ 6700 demandeurs d’emplois étaient inscrits au Pole-emploi de la ville (10464 sur le bassin complet d’emploi de Vitrolles-Marignane).
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Il est important de noter, concernant le chômage, que les quartiers se trouvant en zone CUCS ont des taux de chômage facilement évaluables et nettement supérieurs à la moyenne de la ville. Ainsi on sait que ce taux est de 21,1 % pour les zones sous CUCS et atteint même 35 % dans certaines zones ultra prioritaires.
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Le Pole-emploi, très dynamique sur Vitrolles (10000 offres d’emploi en 2008 soit 22 % de part de marché) ne répond pourtant pas à toutes ces offres. En effet, il existe une déconnection totale entre l’offre et l’emploi pour une raison très simple : 70 % du public suivi par le Pôle emploi possède des diplômes inférieurs au niveau du baccalauréat. Quant à la Mission Locale, s’occupant des jeunes de moins de 25 ans, le constat est encore plus alarmant : 33 % n’ont pas la moindre qualification. De surcroit les centres de formations sont quasi absents sur le territoire vitrollais depuis le départ du C.F.A.I. à Istres.

Or, ce que les entreprises (Eurocopter par exemple) demandent en priorité, c’est une main d’œuvre fondée sur un bon niveau de qualification et de technicité. Même dans des emplois censés être, dans l’esprit des gens, de moindre qualification comme par exemple le personnel hôtelier, l’absence de centre de formation pour ce type de personnel est criante. Pourtant, le parc hôtelier de Vitrolles est très important avec l’aéroport à proximité. Les entreprises recrutent donc majoritairement des personnes qui résident en dehors de la ville.
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Le taux des allocataires de la CAF sur notre territoire est très important avec 58,4% de la population, soit un taux de 23 % supérieur à celui de la C.P.A. Enfin, Les allocataires de l’A.P.L et de l’A.A.H. sont supérieurs de 26 % à la moyenne de la C.P.A.
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Concernant les impôts, le constat est aussi accablant. En 2008, sur les 14878 foyers installés sur le territoire de la commune, 49 ,04 % d’entre eux étaient des foyers non imposés. À titre de comparaison, ce pourcentage est de 42 % à Aix, 50 % à Salon et de 59 % à Berre.
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Suivant les zones, cela peut frôler les 60 % comme aux Pins. Toutefois, si le taux de foyers non imposés est largement supérieur à la moyenne nationale, régionale ou départementale, il existe aussi des foyers qui payent l’impôt sur les grandes fortunes. Ainsi, en 2008, 68 foyers vitrollais ont été classifiés dans la catégorie ISF (donc avec un patrimoine dont la valeur nette est supérieure à 790000 €), 62 d’entre eux déclarant aussi un revenu supérieur à 78000 €.
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Le tableau des revenus fiscaux vitrollais fait apparaître une nette prédominance des bas et faibles revenus : 53 % des foyers vitrollais, annoncent un revenu fiscal égal ou inférieur à 12000 €. 39 % sont à classer dans les classes moyennes, 17 % disposent de revenus de plus de 23000 € annuels.
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Enfin, pour être tout à fait complet dans le volet social de ce constat, 12,1 % de la population vitrollaise bénéficie de la CMU (couverture maladie universelle). Dans certains quartiers comme les Pins (encore eux), c’est presque un tiers des personnes (31.6 %) qui sont sous ce régime.
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V/ Les quartiers
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La particularité de Vitrolles est d’être une ville installée sur trois étages, trois plateaux. Les bords de l’étang représentent le premier niveau, le vieux village et la ville nouvelle, sur les premiers contreforts de l’Arbois le deuxième, les Pinchinades et le plateau de l’Arbois en lui-même le troisième.
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De plus, Vitrolles est une ville toute en longueur et très étendue (plus de huit kilomètres de long sur environ six dans sa plus grande largeur pour un total de plus de trente six kilomètres carrés) qui nécessite obligatoirement un véhicule dès le moment où l’on veut s’y déplacer.
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Enfin, le centre commercial, construit en bordure d’autoroute au début des années soixante et dix, et le gigantesque échangeur du Griffon, tout deux sur un emplacement pouvant être assimilé à la partie la plus étroite du deuxième plateau, peuvent être comparés à la fois à un goulet d’étranglement et à la frontière entre Vitrolles urbain et les Quartiers Sud. Au nord, la situation n’est pas meilleure puisque les bords de l’étang sont eux-mêmes coupés du reste de la ville par les falaises de Vitrolles.
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Dans ce contexte géographique particulier, on peut considérer que la ville est coupée en trois entités distinctes. Ces trois entités se sont transformées en quelques années en une multitude de quartiers, rendus autonomes par contrainte topographique pour la plupart d’entre eux.
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Pour être tout à fait exact, ce n’est pas de trois entités que je devrais parler mais bel et bien de quatre ! Car la partie située entre le centre commercial et la bordure des falaises plongeant vers l’étang peut, elle-même, être divisée en deux parties distinctes fonctionnant de manière relativement autonomes, répondant à leurs propres logiques : le village (avec le Roucas, la Cité Rose, les Cadenières et la Plaine) et le Centre Urbain (avec les Hermès, les Pins, le Liourat, les quartiers classés dans le cadre de la rénovation urbaine comme on peut le constater)
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Ainsi, citer tous les quartiers de Vitrolles pourrait devenir vite fastidieux : Les Vignette, Les Pinchinades, La Frescoule, Le Liourat, Les Pins, Les Cadenières, le Vieux Village, etc …

Et je n’ai pas l’âme d’un Jacques Prévert !
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VI/ Le tissu associatif
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Le tissu associatif vitrollais est, je le reconnais bien volontiers, à la fois dense et diversifié. Quelles qu’elles soient, ces associations forment le « tissu » économique, social et culturel de notre commune. Leur implication « citoyenne » dans la vie de la Cité n’est plus à démontrer.
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Plus de quatre cent associations déclarées sur Vitrolles, trois cents seize subventionnés pour une dotation globale avoisinant les un million sept cent mille euros, cent dix huit d’entre-elles présentes à la fête des associations 2010, voilà un bref résumé chiffré de ce tissu.
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Toutefois, derrière cette façade, quelques constatations sont aussi à faire : Tout d’abord, quoique soutenues financièrement avec une dotation quand même conséquente, toutes les associations ne le sont pas de la même manière : certaines le sont énormément, d’autre sont quasiment ignorées, et il est certainement plus facile d’obtenir des subventions au niveau sportif qu’à d’autre niveaux.
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Heureusement, une constante existe sur notre ville : les associations à buts sociaux ou caritatifs obtiennent l’aide qu’elles demandent, ce qui est malgré tout la moindre des choses.
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VII/ Conclusion provisoire demandant à être modifiée !

Avant de conclure, je sais que vous avez remarqué que je n’ai pas abordé un sujet pourtant primordial quand on parle de Vitrolles : celui de la sécurité. Je l’ai fait volontairement pour ne pas ouvrir par anticipation un débat « explosif » qui ne pourrait que polluer la réflexion globale. Nous nous attaquerons à ce chantier le 12 novembre avec le sujet « Quelle sécurité pour Vitrolles ? » même si je l’aurais certainement déjà effleuré avant cette date.
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Pour terminer ce « bref » état des lieux vitrollais, je voudrais préciser que Vitrolles est une ville attachante. Elle est pleine de contradiction, c’est le moins que l’on puisse dire, mais elle mérite qu’on s’y arrête et que l’on prenne le temps de mieux la connaitre.

Et que l’on soit des Vignettes ou des Pinchinades, des Pins ou du Vieux village, du Liourat ou des Cadenières, nous sommes tous des vitrollais.

Et cela, ne l’oublions pas !

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