Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme le Petit-Parisien ou l’Intransigeant, pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le Petit Marseillais et le Petit Provençal en tête.
La plus grande partie de l’iconographie est issue des photos publiés par deux quotidiens connus pour leurs photos : Paris-Soir et l’Intransigeant. La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.
Ce récit se veut être le plus proche possible des réactions humaines qu’ont eu les témoins et les acteurs du drame en ce jour tragique. Il se veut surtout être un texte à la mémoire des habitants de Marseille qui se sont tant inquiété du sort d'un enfant qu'il ne connaissait pas mais qui, pour eux, était avant tout un enfant de Marseille..
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| XXXVII / La pégre marseillaise se dédouane : |
Dans les années trente, à Marseille, trois noms brillent en haut de l’affiche : Paul Carbone, François Spirito et Simon Sabiani. A eux trois, ils forment un véritable « triumvirat » qui dirige de facto la cité.
Les deux premiers sont associés en affaire et ont la pègre pour domaine. Ils peuvent être qualifiés de « seigneurs » régnant en maitre sur la cité phocéenne. Drogue, prostitution, contrebande, racket, escroquerie, grande criminalité, tripot clandestin, rien n’échappe à l’empire qu’ont monté Paul Venture Carbone dit « le tatoué », un corse à l’intelligence développée et François Lydro Spirito dit « le beau ficelle » d’origine italienne, charmeur, à l’humour caustique. La politique avec l’argent que brasse cette activité, ne peut leur être étrangère. Dans ce créneau, Ils sont donc aidés par le troisième homme, Simon Sabiani, un homme politique controversé, qui fut premier adjoint au maire de Marseille jusqu’à la victoire récente du socialiste Henri Tasso, et qui va les « couvrir » en cas de besoin et leur fournir tout le soutien dont ils ont besoin en échange de leur entregent. |

Une photo rare de Simon Sabiani, Paul Carbone et François Spirito, ensemble, en 1934
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L’enlèvement du petit Claude Malmejac n’arrange pas vraiment leurs affaires. La police, en mettant Marseille sens dessus dessous pour retrouver l’enfant, perturbe fortement les affaires louches.
L’attitude de la pègre locale est fort compréhensible. Le grand banditisme se retrouve fort handicapé par la pression policière qui fait feu de tout bois, multipliant les perquisitions, perturbant grandement les affaires douteuses. Dans ce contexte, la pègre se retrouve en mauvaise posture et se doit de faire le plus rapidement possible le ménage dans ses rangs pour qu’une certaine « tranquillité », plus souhaitable pour la bonne marche des affaires, revienne. François Spirito est prêt à collaborer avec la police pour obtenir ce résultat. La technique du « coup de pied dans la fourmilière » prônée par le Commissaire Couplet quelques jours auparavant est en train de porter ses fruits.
Des émissaires envoyés par Carbone et Spirito auprès des autres « clans » opérant dans Marseille, une enquête approfondit dans les bouges, les maisons closes, les mieux peu fréquentables de la ville, permet rapidement aux deux hommes de se faire une opinion : la pègre marseillaise ne trempe pas dans cet enlèvement. |
Dès le samedi, par le biais des indicateurs, Carbone et Spirito font remonter l’information aux forces de police. « Ne cherchez pas dans le milieu marseillais, il n’y est pour rien »
A ce moment-là, les deux « seigneurs » de Marseille penchent pour une équipe étrangère, probablement d’origine américaine, opérant dans la cité phocéenne. |
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| XXXVIII / La pègre, le cousin et le détective Rochat : |
La veille au soir, le docteur Malmejac et le détective Rochat se sont discrètement rencontrés. Cette rencontre a pour principal but de faire le point sur l’affaire, le célèbre détective apportant les premiers résultats de ses investigations. Les contacts qu’il a pris dans la cité phocéenne lui font penser que la pègre marseillaise n’est point impliquée dans l’affaire. Bien au contraire, elle semble mener elle aussi une sorte d’enquête parallèle pour trouver le plus rapidement possible la coupable. D’après les bruits parvenus aux oreilles du détective, Louis Spirito en personne aurait réclamé la tête de la ravisseuse.
Par contre, le détective se garde bien de révéler au professeur Malmejac ce que l’un de ses indicateurs lui a appris, information qui est aussi arrivée aux oreilles des policiers. Un membre de la famille des Malmejac, un cousin arrivé de Paris, a pris contact avec Louis Spirito dans son quartier-général de l’Amical-Bar. Il avait tellement lu dans les journaux la toute puissance du Milieu à Marseille que ce dernier semblait être la solution miracle au problème de l’enlèvement. François Spirito avait réconforté le cousin parisien, probablement M.Sarlande, en ces termes :
« Je puis vous certifier, cher monsieur, que pas un homme du Milieu n'est dans le coup dans l'enlèvement du petit Malméjac. Le kidnapping, nous considérons ça comme une chose ignoble. Il n'y a que les Américains pour oser enlever le fils d'un aviateur célèbre comme Lindbergh. En France, nous ne sommes pas pourris à ce point-là. Vous avez rudement bien fait de venir me trouver. Mes amis et moi, on va remuer ciel et terre pour découvrir le petit et mettre la main sur le ravisseur. »
Après ce premier rapport, le détective aborde un sujet qui lui tient à cœur et qui, depuis son arrivée à Marseille, ne cesse de le tourmenter. Il fait remarquer au docteur Malmejac que celui-ci est désormais très connu dans toute la cité marseillaise. Il devient dangereux que ce soit lui qui remette la rançon. En effet, il risque au mieux d’être reconnu, au pire suivi et l’échange s’en trouver fortement compromis à cause de ce détail.
Le détective propose alors de prendre la place du médecin pour la partie délicate que représente une remise de rançon. Malgré quelques réticences, fort compréhensible au demeurant, le professeur accepte la proposition du détective genevois. |
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| XXXIX / Le message du docteur Malmejac : |
Il s’agit maintenant de prévenir la ravisseuse de la substitution et voir si elle accepte un échange dans ces conditions. De nouveau, le professeur Malmejac se heurte au douloureux problème de contacter l’inconnue. La solution qui s’impose est donc de publier un nouveau message dans la presse locale. Dans la matinée, le docteur Malmejac écrit donc un message sans aucune ambiguïté, avant de se rendre en début d’après-midi dans les locaux du « Petit marseillais ». Il compte le faire publier par le biais de son ami, Léon Bancal.
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Le docteur Malmejac attend un rendez-vous. Il ne pourra s'y présenter lui-même, étant trop connu maintenant et risquant à son insu d'être remarqué ou suivi. Aussi, un de ses nombreux amis, se présentera à sa place au rendez-vous fixé, n'importe où dans n'importe quelles conditions. Le docteur Malmejac et son ami jurent tous deux que celui qui se présentera sera seul, sans arme, étranger à la Police et muni de la somme à remettre contre l'enfant.
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