Vendredi 28 octobre 1938 : Incendies des Nouvelles-Galeries

 

 

 


INTRODUCTION


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages des divers protagonistes survivants, des récits des témoins, des rapports officiels des Sapeurs-Pompiers de Marseille (et d'ailleurs) et des conclusions des experts (de l'époque ou des Marins-Pompiers quelques décennies plus tard). Ces différents témoignages en version "brute" sont disponibles, sur simple demande, aux Archives Municipales de la Ville de Marseille (cartons 32 H 13 à 32 H 20) et plus particulièrement le carton 32 H 16 contenant le compte rendu des audiences du premier procès devant le tribunal correctionnel.


Paris-Soir



Ce jour là, le temps est maussade sur la cité phocéenne. Le mistral souffle sur la ville depuis la veille, faisant chuter le thermomètre. Depuis vingt quatre heures, le ville vit au rythme du Parc Chanot où se déroule le congrès annuel du Parti Radical, congrès d'importance puisqu'il doit à la fois entériner les "Accords de Munich" et enterrer définitivement le Front Populaire. Les journaux locaux sont, pour une fois, au diapason avec la presse parisienne et ne parlent que de ce congrès capital.

Toutefois, malgré les nombreux projecteurs braqués sur la ville, la population continue à vivre sa vie, indifférente à la présence de ces politiques, insouciante peut-être aux menaces qui pèsent sur elle. C'est ainsi que les poissonnières continuent, sur le Vieux-Port, à vendre le produit de la pèche ramené par leurs maris, que le port, véritable poumon économique de la ville, continue à battre des records, et que le volume des échanges commerciaux explose.

Insouciante, la vie l'est. On ne veut vraiment pas voir les nuages lourds en provenance de l'Allemagne nazie. Comme ces deux femmes de la bourgeoisie locale (dont Mlle Alexis, la fille du puissant directeur de la Compagnie des Docks et Entrepôts) qui, en ce début d'après-midi, décident de se rendre aux "Nouvelles-Galeries" pour faire quelques emplettes.

Il est aux alentours de quatorze heure trente lorsque leur véhicule arrive à hauteur du magasin, fleuron du négoce marseillais. Elles la surprise de voir leur voiture ralentir tandis que leur chauffeur, se tournant vers elles, leur déconseille vivement de se rendre dans le magasin. Il leur montre alors la fumée noire qui monte d'une fenêtre du premier étage du magasin, au coin de la rue de l'Arbre. Tandis que la voiture continue sa course vers le haut de la Canebière, les deux femmes ne peuvent s'empêcher de se retourner pour suivre le déroulement de ce qui semble encore n'être qu'un simple feu de rayon. Soudain, les flammes apparaissent derrière la fenêtre voisine avant de se propager horizontalement vers la droite, vers l'immeuble "Detaille". Elles cheminent en ondulant, au dessus de la marquise, à hauteur du premier étage.

Les badauds, présents sur le trottoir devant les grandes vitrines du magasin, ne se doutent de rien. Ils ne prennent réellement conscience que quelque chose d'anormal se déroule lorsque les vitres du magasin en éclatant, s'abattent en une pluie de verre sur le trottoir. Un mouvement de foule eut lieu sur le trottoir. Paradoxalement, aucune sortie massive du bâtiment n'indiquait une quelconque panique à l'intérieur.

Trois ou quatre minutes tout au plus, après la première apparition extérieure des flammes, les deux femmes virent soudain les flammes jaillir de la façade, accompagnées d'une épaisse fumée noire, sur toute la longueur du premier étage. A 14 h 30', ce vendredi 28 octobre 1938, le drame des "Nouvelles-Galeries" venait de commencer.

Dans ce petit opuscule, nous allons étudier cette catastrophe qui coûta la vie à soixante et quinze personnes et fit perdre à la ville son autonomie, pour passer sous la tutelle de l'état

 

Le Journal Ouest-Eclair
Paris-Soir L'Humanité


(1) Images en provenance du site numérique "Gallica" géré par la Bibliothèque Nationale de France

 

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Vendredi 28 octobre 1938
Le début de l'incendie Avant