Jeudi 28 novembre 1935 : L'enlévement de Claude Malmejac

 

LES LETTRES ANONYMES


XIV

Les demandes de rançon

 



Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme le Petit-Parisien ou l’Intransigeant, pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le Petit Marseillais et le Petit Provençal en tête.

La plus grande partie de l’iconographie est issue des photos publiés par deux quotidiens connus pour leurs photos : Paris-Soir et l’Intransigeant. La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.

Ce récit se veut être le plus proche possible des réactions humaines qu’ont eu les témoins et les acteurs du drame en ce jour tragique. Il se veut surtout être un texte à la mémoire des habitants de Marseille qui se sont tant inquiété du sort d'un enfant qu'il ne connaissait pas mais qui, pour eux, était avant tout un enfant de Marseille..

 

XIV / Les demandes de rançon :


Le lendemain matin, après une longue nuit d’angoisse où les parents éplorés ne purent trouver le sommeil, un volumineux courrier, remis quelques instants plus tôt par le facteur, attend le professeur. Au milieu des habituelles missives et des factures courantes, une enveloppe va attirer son attention.

Il s’agit d’une enveloppe, de couleur blanche, identique à celle que l’on trouve couramment dans le commerce, portant l’adresse des Malmejac écrite manuscritement à l’aide d’un crayon noir.  D’après le cachet de la poste qui indique dix sept heures, elle a été glissée dans la boite aux lettres du bureau de poste de la rue Saint-Ferréol. A l’intérieur, le professeur découvre une feuille, soigneusement pliée en quatre, arrachée à un cahier d’écolier. Le message inscrit à l’intérieur en lettres majuscules, d’une écriture irrégulière, là aussi à l’aide d’un crayon noir, est facile à déchiffrer. Il est rédigé à peu près en ces termes :


Soyez sans crainte sur le sort de votre enfant.

Il vous sera rendu sain et sauf si vous êtes décidé à verser une somme de 50.000 francs.


A la suite de ce message inquiétant, les modalités permettant au  professeur Malmejac de faire connaître sa décision sont inscrites. Il ne fait aucun doute à l’auteur de la lettre anonyme que les parents vont accepter ses exigences financières. Pour signifier son accord, il doit insérer une annonce classée dans le « Petit-Marseillais », le principal quotidien de la ville. Cette annonce tient en deux lignes :


Disposons de 50.000 francs
Cherche emploi intéressant



Alors que le malheureux père est en train d’évaluer la crédibilité de cette étrange lettre, la concierge de l’immeuble, Madame Lombardi, frappe à la porte de l’appartement. Comme tous les matins, elle a vérifié le contenu de la boite aux lettres communes de l’immeuble. Elle y a trouvé une enveloppe adressée aux Malmejac. Se doutant de l’importance de cette lettre, elle s’est empressée de l’amener à son destinataire. Ouvrant fébrilement l’enveloppe blanche dont l’adresse est elle-aussi écrite au crayon noir, le docteur découvre une autre demande de rançon dont le texte est strictement identique à la première.

Pour les enquêteurs, immédiatement mis au courant, l’origine de ces deux missives ne fait aucun doute. A dix sept heures, lorsque la demande de rançon a été glissée dans la boite aux lettres de la rue Saint-Ferréol, la nouvelle de l’enlèvement n’avait pas encore été divulguée. La station de T.S.F. « Marseille-Provence » qui couvre l’actualité locale n’a diffusé cette information que bien plus tard et aucun des quotidiens du soir, qu’ils soient locaux ou nationaux, n’a évoqué l’enlèvement. Personne donc ne connaissait à cette heure là cette information hormis la famille, la police et la ravisseuse. Cette lettre ne peut qu’émaner d’elle.

Une chose étonne toutefois les enquêteurs lorsqu’ils découvrent à leur tour la missive. C’est la valeur relativement minime de la rançon réclamée. En effet, cinquante mille francs n’est pas un montant excessif pour l’époque. Ayant, de toute évidence, à faire à un membre de la pègre, les policiers s’attendaient à une somme beaucoup plus élevée.

De son coté, le professeur est soulagé. Ce n’est point une malade mentale qui a enlevé son fils. Il a bien affaire à un crime crapuleux dont le mobile est l’argent. La possibilité de retrouver vivant l’enfant en est grandement accrue.

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En ce matin du vendredi 29 novembre 1935, l'enquête policière vient donc prendre une autre tournure, la tournure crapuleuse. Toutefois, comme on va le voir, les hommes du commissaire Couplet ne vont écarter aucune autre piste.
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Jeudi 28 novembre 1935
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