Jeudi 28 novembre 1935 : L'enlévement de Claude Malmejac

 

LES FAUSSES PISTES


XV

Les premières pistes

 
XVI

Les chiens policiers

 



Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme le Petit-Parisien ou l’Intransigeant, pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le Petit Marseillais et le Petit Provençal en tête.

La plus grande partie de l’iconographie est issue des photos publiés par deux quotidiens connus pour leurs photos : Paris-Soir et l’Intransigeant. La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.

Ce récit se veut être le plus proche possible des réactions humaines qu’ont eu les témoins et les acteurs du drame en ce jour tragique. Il se veut surtout être un texte à la mémoire des habitants de Marseille qui se sont tant inquiété du sort d'un enfant qu'il ne connaissait pas mais qui, pour eux, était avant tout un enfant de Marseille..

 

XV / Les premières pistes :


Tandis que le docteur Malmejac découvre la demande de rançon, les enquêteurs poursuivent leurs efforts pour retrouver l’enfant disparu. Dès les premières heures, dès la nouvelle connue, la police est assaillie de témoignages spontanés, tous digne de foi, ayant toutes les apparences de la vérité. A écouter ces témoins, on pouvait être amené à croire que tous les marseillais avaient vu la ravisseuse en compagnie de l’enfant.

Dans cette avalanche de témoignages, la grande majorité est écartée par les enquêteurs car jugés trop fantaisistes ou visiblement affabulateurs. Malgré tout, certains sont jugés sérieux et plus particulièrement trois d’entre eux qui sortent nettement du lot.

Tout d’abord, les enquêteurs retiennent l’intéressant témoignage d’un chauffeur-livreur des Etablissements Catalan, établissement spécialisé dans les produits pharmaceutiques.  M.Grosset, s’étant présenté spontanément à l’Evêché, affirme avec force avoir vu la ravisseuse poussant le landau devant le 7 Cours Pierre Puget vers seize heures vingt. Il apporte même une précision en guise de bonne foi : il se rappelle qu’un jeune homme aida la ravisseuse à traverser la chaussée à cet endroit, ce qui l’obligea à s’arrêter pour les laisser passer.  Elle continua ensuite son trajet sur la partie centrale du Cours Pierre Puget, se dirigeant vers le jardin de la Colline, toujours en poussant le landau.

De son côté, un facteur se souvient aussi avoir vu une inconnue correspondant au signalement de la ravisseuse, poussant elle aussi un landau, vers seize heure trente sur le boulevard de la Corderie, à l’angle de la rue du Chantier, devant les Etablissements Verminck. Elle se dirigeait vers la place du Quatre Septembre.

Enfin, un officier de l’Armée de Terre, affirme lui aussi avoir vu l’inconnue, marchant vite tout en poussant un landau, vers dix sept heures, sur le boulevard des Dardanelles. Elle se dirigeait alors vers le quartier d’Endoume.


16 h 20’ : Cours Pierre Puget
16 h 30’ : Boulevard de la Corderie
17 h 00’ : Boulevard des Dardanelles


Ces trois témoignages spontanés sont pris très au sérieux par la police. Plusieurs raisons à cela : Le premier témoignage correspond en lieu et temps très précisément au témoignage d’Albert Tomassone, le chauffeur de taxi. Les deux autres sont faits par des personnes « assermentées », un fonctionnaire et un militaire, dont la profession écarte l’hypothèse de l’affabulation. De surcroît, ces trois témoignages, permettent de tracer un itinéraire de fuite plausible aussi bien géographiquement que temporellement.


Comme nous le verrons plus tard, l’un de ces témoignages est capital. Les deux autres sont par contre douteux. Mais, pour l’heure, ces trois récits vont servir de base aux premières heures de l’enquête et entraîner la police sur la piste d’un quartier : Endoume

Mais les enquêteurs ne savent pas encore qu’ils vont leur faire aussi perdre un temps précieux et les orienter sur une bien mauvaise piste.

Deux autres témoignages, dans un premiers temps jugés intéressants, sont, par la suite, écartés, à juste titre, et classés comme non fiables. Ainsi, un chauffeur de taxi affirme avec force avoir vu l’inconnue vers dix huit heures sur la Canebière, à hauteur de l’agence de la « Société Générale », face aux « Nouvelles-galeries ». Elle marchait vite, se dirigeant vers les Réformés, et portait au bras un enfant qui pleurait. De même, une directrice d’école jure avoir vu la suspecte dans un tramway de la ligne Chartreux/Saint Giniez vers dix huit heures. Elle est descendue à l’arrêt de la rue Paradis en cachant un bébé sous son grand manteau noir.

Ces deux témoignages sont très vite écartés par les enquêteurs car ils ne correspondent pas à l’hypothèse qui est leur base de travail. A ce moment là de l’enquête, ils pensent que la ravisseuse s’est plutôt réfugiée dans le quartier d’Endoume.

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XVI / Les chiens policiers :


Chien "Mireille"

Mr Crescenzi et la chienne "Mireille"



Dans une affaire aussi sensible que celle-ci, le commissaire Couplet ne peut et ne veut négliger aucune piste aucun détail. La pression qui pèse sur ses épaules commence à devenir importante. En quelques heures, l’affaire a pris une ampleur nationale. La presse parisienne, elle aussi, s’est mêlée à l’affaire et n’hésite pas à comparer cet enlèvement à celui du fils Lindbergh, quelques années auparavant aux Etats-Unis. Conséquence immédiate : aux coups de téléphone du Préfet, Laurent Gaussorgues et de son chef de cabinet Emile Froment, se sont désormais rajoutés les appels en provenance du Ministère de l’Intérieur et du ministre lui-même, Joseph Paganon, sans oublier le Secrétaire Général de la Police à la préfecture, André Jacquemart.

Dans ce contexte exacerbé, le chef de la Sûreté à Marseille veut mettre toutes les chances de son coté. Il n’hésite pas à demander de l’aide à M. Crescenzi, le propriétaire d’un chenil de dressage, le « Chenil des Spartiates » situé Traverse de la Seigneurie à Mazargues. L’idée maitresse du policier est de faire sentir aux chiens des effets appartenant à Claude Malmejac puis de voir leurs réactions.

Amenés devant le 5 Cours Pierre Puget, les chiens « Ric » et « Mireille » cherchent toute la matinée du 29 sans grand succès. Cet échec est toutefois relativement compréhensible quand on connaît le volume de passage de cette artère, volume grandement amplifié par la foule de curieux qui veulent observer l’immeuble où la ravisseuse s’est réfugiée. Il est difficile, même pour l’odorat exercé des chiens, de trouver la piste du petit Claude au milieu de milliers d’odeurs différentes.

A intervalle régulier, les enquêteurs font flairer aux chiens un vêtement ayant appartenu à Claude Malmejac et fortement imprégné de son odeur. Mais les chiens ne réagissent pas vraiment à ces stimuli et font comme si le petit Claude n’était jamais passé par là.

Soudain, les observateurs pensent que les chiens viennent de trouver une piste. En effet, passant devant les grilles d’entrée des jardins du Pharo, les chiens y pénètrent et, après moult hésitations, s’arrêtent devant la porte principale de la Faculté de Médecine. Faux espoir. Il faut se rendre à l’évidence. Les chiens avaient en fait senti l’odeur du père de l’enfant, le Docteur Malmejac, qui, rappelons le, enseigne dans ces locaux.

En tout début d’après-midi, les recherches canines se concentrent à proximité du quartier d’Endoume où les enquêteurs pensent que se cache la ravisseuse. Mais ces nouvelles recherches ne vont pas apporter une réelle progression à l’enquête.



Chien "Ric"

Mr Crescenzi et le chien "Ric"


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Jeudi 28 novembre 1935
La découverte du landau Avant