Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme le Petit-Parisien ou l’Intransigeant, pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le Petit Marseillais et le Petit Provençal en tête.
La plus grande partie de l’iconographie est issue des photos publiés par deux quotidiens connus pour leurs photos : Paris-Soir et l’Intransigeant. La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.
Ce récit se veut être le plus proche possible des réactions humaines qu’ont eu les témoins et les acteurs du drame en ce jour tragique. Il se veut surtout être un texte à la mémoire des habitants de Marseille qui se sont tant inquiété du sort d'un enfant qu'il ne connaissait pas mais qui, pour eux, était avant tout un enfant de Marseille..
|
|
| XVIII / La piste d’Endoume : |
Comme on vient de le voir, en cette fin de matinée du 29, les enquêteurs sont désormais persuadés que, une fois son forfait accompli, la ravisseuse a trouvé refuge quelque part dans le quartier d’Endoume. Plusieurs éléments les ont amenés à privilégier cette piste.
Tout d’abord, les premiers témoignages recueillis le jour de l’enlèvement ont amené la police à supposer un itinéraire de fuite pour la ravisseuse, itinéraire se dirigeant, comme on l’a vu, vers le quartier d’Endoume par le boulevard de la Corderie et le boulevard des Dardanelles. |

La boulangerie, pourtant située Rue d'Endoumes, est localisée au Vallon des Auffes par la presse parisienne.
A noter que "Police Magazine" n.263 daté du 8 décembre 1935 et consacré à ce rapt, rebaptise cette rue en "rue du Ballon des Ausses" ! |
|
Dans la matinée du 29, trois nouveaux témoignages spontanés vont conforter cette hypothèse. En effet, trois personnes se présentent à l’Evêché, affirmant avoir vu une femme correspondant au signalement diffusé par la presse.
Ces trois témoins providentiels étaient la boulangère du 17 rue d’Endoume, Mme Castellan, sa commise, Fortunée Suoroto et une jeune cliente, Claire Cyprienne, âgée de treize ans et demi.
Aux enquêteurs les interrogeant, elles expliquent que, le 28 novembre vers dix sept heure trente, dix huit heure, elles ont vu l’inconnu qui gravissait le chemin menant du Vallon des Auffes à la rue d’Endoume. Elle tentait de dissimuler un enfant qui pleurait, sous un grand manteau noir. Un des témoins, la boulangère, proposa même une brioche pour calmer l’enfant mais l’inconnue refusa dédaigneusement.
Ces témoignages sont jugés crédibles par la police principalement pour deux raisons : ils décrivent des événements s’étant déroulé sur l’itinéraire supposé de la ravisseuse et ils ont la particularité de ne pas mentionner le landau, à l’inverse de la plupart des témoignages reçus spontanément à l’Evêché depuis l’aube. Or, à ce moment là de l’enquête, personne dans le public ne sait que les enquêteurs viennent de retrouver le landau, malheureusement vide, à proximité du 5 cours Pierre Puget. |
De plus, ces trois témoignages providentiels sont recoupés par un nouveau témoignage celui d’une voisine de la rue d’Endoume, Mme Eriderich. Interrogé par les inspecteurs en train de vérifier le témoignage de la boulangère, elle déclare :
"Je me rappelle bien avoir vu cette dame et cet enfant. Je prenais de l'eau à la fontaine lorsque passa une femme âgée qui tenait un bébé, mais si maladroitement que celui-ci criait et pleurait. Je dis : "En voilà un qui n'est pas content !". A ces mots, la femme se retourna, me dévisagea et continua son chemin. Je la perdis de vue dans l'obscurité."
Grace à ces quatre témoins, la piste d’Endoume est relancée et semble la plus crédible. |
| Haut |
| XIX / Descente policière à Endoume : |

Marseille fouillée de fond en comble |
|
Tout ce faisceau de présomptions amène le chef de la Sûreté, M. Couplet, à organiser une descente dans le quartier d’Endoume. Vers quatorze heures, ce 29 novembre 1935, le quartier est hermétiquement bouclé par plus de trois cent policiers.
Une heure plus tard, la fouille systématique des habitations et des moindres locaux est lancée. Les recherches sont plus particulièrement axées sur la rue d’Endoume où la ravisseuse a été aperçue par plusieurs témoins. Les habitants du quartier firent le meilleur accueil aux policiers, leur favorisant la tache, allant même au devant de leur désir.
Cette attitude est à souligner. C’était bien la première fois que la police recevait un tel accueil dans un quartier qui, en temps normal, était plutôt réfractaire à toute forme policière. Mais cela démontrait combien l’enlèvement d’un enfant bouleversait la population marseillaise.
|
Alors que les perquisitions vont grand train, une vive alerte intervient pour les forces de l’ordre. En effet, spontanément, une passante fit part aux policiers de ses soupçons vis-à-vis d'une femme habitant rue de la Colline et dont le signalement correspondait à celui de la ravisseuse. La police, ne délaissant aucune piste, dépêcha un enquêteur à l'adresse indiquée.
Mais, arrivé à cette adresse, le policier trouva l'appartement vide avec toutes les traces d'une fuite précipitée. Cette attitude étant plus que suspecte, les policiers se répandirent donc dans tout le quartier avec pour mission de retrouver la suspecte, sans succès cependant.
|

Les policiers s'interessent plus particulièrement au quartier d'Endoume |
|
Un des enquêteurs présent sur le terrain s'aperçut alors que l’adresse indiquée ne lui était pas totalement inconnue. Fouillant dans ses souvenirs, il se rappela que cette femme était une de ses "clientes" dont le casier judiciaire totalisait une soixantaine d'année d'interdiction de séjour pour vol à l'étalage.
Il ne fit alors aucun doute aux enquêteurs que, apercevant les forces de l'ordre, la suspecte avait préféré prendre le large. Réaction logique mais qui ne l'exemptait pas aux yeux de la police d'être aussi une ravisseuse.
Pour confirmer la piste, on montra la photo de la suspecte à Georgette Perrachon qui se trouvait alors dans les locaux de la Sûreté pour un nouvel interrogatoire. Mais la piste ne fit pas long feu. La jeune fille ne reconnut pas la ravisseuse sur les photos présentées.
Malheureusement, à part quelques interpellations pour vérification d'identité, la fouille, terminée vers dix huit heures, ne donna rien. |
Pour les policiers, cette descente avait un but non avoué. Le quartier d’Endoume avait la réputation d’être le repaire de nombreux voyous. Il s’agissait donc de mettre un coup de pied dans la fourmilière en espérant que la pègre marseillaise serait suffisamment irritée par ces procédés pour livrer la ravisseuse et ses éventuels complices.
Pour tous les observateurs, il ne faisait aucun doute que cet enlèvement ne pouvait être l’œuvre du milieu local mais plutôt l’œuvre de gangsters étrangers à Marseille. Ils étaient donc plus facilement lachable par le milieu marseillais.
En fait, la police n’attendait pas grand chose de cette descente. Tout au plus, il s’agissait de la réponse policière à l’inquiétude grandissante de la population marseillaise. |
| Haut |
|