Lorsque Blanche Lacan sort de l’Evêché en début d’après-midi, elle aurait pu presque croiser Henriette Montaigu qui pénétrait dans les bâtiments.
A l’inverse de Blanche Lacan qui avait forcé les portes pour faire entendre son histoire, cette femme de soixante ans est attendue avec une impatience non dissimulée par l’Inspecteur chef Martini. Le policier, patron de la brigade placée sous les ordres directs du chef de la Sûreté, M. Couplet, est très intéressé par le récit qu’elle a fait une demi-heure plus tôt aux policiers de permanence au domicile des Malmejac. Il veut l’entendre de ses propres oreilles.
Elle explique qu’elle habite, avec son beau-frère de soixante-quinze ans, dans une dépendance de la verrerie Verminck, à la Madrague de Montredon. Elle a exploité plusieurs années durant, au 67 cours Devilliers, un petit commerce de teinturerie jusqu’en 1933. Elle a vendu le fond de commerce cette année là à une veuve et son fils, Marie et Gilbert Rolland.
La vente réalisée, Mlle Montaigu avait laissé un petit stock de marchandises que l’acheteuse devait vendre au profit de la vendeuse Mais Mlle Montaigu ne toucha jamais l’argent de cette vente. « Dois-je vous dire que je n’ai jamais touché un sou de cette mauvaise femme malgré plusieurs visites. Elle me recevait fort mal, m‘injuriait même et je compris dès lors que j’avais été roulé par une aventurière. Le temps passa et je perdis même de vue le couple Rolland qui, je l’appris, avait revendu le magasin de la teinturerie. »
Elle explique ensuite qu’elle alla récemment rendre visite à une de ses amies habitant Beaumont Saint Julien. « Or, jugez de ma surprise lorsque rendant visite à une de mes amies habitant Beaumont Saint Julien, il m’advint une singulière aventure. Me trompant d’adresse, je frappais au 12 du boulevard des Fauvettes. Une femme vint m’ouvrir et je reconnue en elle Mme Rolland. La conversation, vous le pensez bien, tourna court. »
Mais, lorsque survient l’enlèvement de Claude Malmejac, avec les descriptions de la ravisseuse publiée par les journaux lui firent immédiatement penser à Mme Rolland. La ressemblance était tellement troublante. De plus, un détail la conforta un peu plus dans ses soupçons « Une chose m’avait frappée : Cette femme n’avait pas l’accent de Marseille ! »
Durant trois longues journées, Mlle Montaigu fut rongée par le doute. Une question venait sans cesse la hanter : « Si c’était la Rolland ? ». Sa conviction fut acquise lorsqu’elle découvrit le nouvel avis de recherche.
Le lundi matin, n’y tenant plus, elle prit le tramway pour se rendre chez les Malmejac. Son intention première était de leur faire part de ses doutes. Elle fut reçue par les policiers de permanence qui l’envoyèrent à l’Evêché pour qu’elle fasse sont récit à l’inspecteur en chef Martini.
L’inspecteur chef Martini ne peut s’empêcher de se demander si le contentieux existant entre les deux femmes ne l’avait pas poussée à faire une dénonciation calomnieuse. Mais Mlle Montaigu paraissait sûre de son fait. Mme Rolland était « la » ravisseuse.
Le témoignage, certes imprécis, est toutefois intéressant car il complète celui fait par Blanche Lacan. Ces informations convergentes, même fragmentaires, sont intéressantes. Les deux témoins disent avoir reconnu la ravisseuse dans le même quartier. |