Jeudi 28 novembre 1935 : L'enlévement de Claude Malmejac

 

DES TEMOINS CAPITAUX


XLII

Blanche Lacan

 
XLIII

Henriette Montaigu

 



Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme le Petit-Parisien ou l’Intransigeant, pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le Petit Marseillais et le Petit Provençal en tête.

La plus grande partie de l’iconographie est issue des photos publiés par deux quotidiens connus pour leurs photos : Paris-Soir et l’Intransigeant. La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.

Ce récit se veut être le plus proche possible des réactions humaines qu’ont eu les témoins et les acteurs du drame en ce jour tragique. Il se veut surtout être un texte à la mémoire des habitants de Marseille qui se sont tant inquiété du sort d'un enfant qu'il ne connaissait pas mais qui, pour eux, était avant tout un enfant de Marseille..

 

XLII / Blanche Lacan


Ce matin là, vers onze heures, un taxi dépose une femme devant l’Evêché : Blanche Lacan. Cette femme, blonde, âgée d’une soixantaine d’année, habite le quartier de Beaumont-Saint-Julien. Sa présence à l’hôtel de police n’est pas fortuite. Elle vient révéler aux policiers où trouver la ravisseuse.

Comme tous les autres témoins qui se pressent dans les locaux de la police ce matin là, elle est reçue par le planton de service. Au bout d’un long moment, à force d’abnégation et de persévérance, elle réussit à rencontrer un enquêteur directement en charge du dossier.

Mais son récit est accueilli avec beaucoup de scepticisme par le policier qui l’écoute, plus par devoir que par intérêt. Il est vrai que ce témoignage est des plus flous

« Samedi, je me trouvais à Beaumont, occupée à faire mes achats chez un épicier, lorsque j’aperçus au détour de la rue, une femme en noir, la tête recouverte d’une mantille, s’appuyant légèrement sur une canne à bout caoutchouté.

Très intriguée, je parlais aussitôt de ma remarque au gérant de l’épicerie au moment où la vieille passait à notre hauteur. Ayant entendu notre conversation, elle eut un haut le cœur et me lança un regard haineux. Ce n’est pas ce geste qui apaisa mes doutes. Je me dis que çà ne pouvait qu’être elle.

Aussi, le soir, je fis part de mes soupçons à mon mari qui, prudemment, examina les conséquences d’une dénonciation erronée. Mais ce matin, n’y tenant plus, je suis venu vous voir ! »

Devant le scepticisme croissant de l’enquêteur, Blanche Lacan, sûre de son fait, explique que, même si les renseignements qu’elle vient de donner sont vagues, ils pourraient être facilement complétés par les commerçants du quartier. En effet, cette inconnue semblait habiter à peu de distance de là.

Elle devient si pressante que l’enquêteur finit par lui promettre que la police allait vérifier son information

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XLIII / Henriette Montaigu


Lorsque Blanche Lacan sort de l’Evêché en début d’après-midi, elle aurait pu presque croiser Henriette Montaigu qui pénétrait dans les bâtiments.

A l’inverse de Blanche Lacan qui avait forcé les portes pour faire entendre son histoire, cette femme de soixante ans est attendue avec une impatience non dissimulée par l’Inspecteur chef Martini. Le policier, patron de la brigade placée sous les ordres directs du chef de la Sûreté, M. Couplet, est très intéressé par le récit qu’elle a fait une demi-heure plus tôt aux policiers de permanence au domicile des Malmejac. Il veut l’entendre de ses propres oreilles.

Elle explique qu’elle habite, avec son beau-frère de soixante-quinze ans, dans une dépendance  de la verrerie Verminck, à la Madrague de Montredon. Elle a exploité plusieurs années durant, au 67 cours Devilliers, un petit commerce de teinturerie jusqu’en 1933. Elle a vendu le fond de commerce cette année là à une veuve et son fils, Marie et Gilbert Rolland.

La vente réalisée, Mlle Montaigu avait laissé un petit stock de marchandises que l’acheteuse devait vendre au profit de la vendeuse Mais Mlle Montaigu ne toucha jamais l’argent de cette vente. « Dois-je vous dire que je n’ai jamais touché un sou de cette mauvaise femme malgré plusieurs visites. Elle me recevait fort mal, m‘injuriait même et je compris dès lors que j’avais été roulé par une aventurière.  Le temps passa et je perdis même de vue le couple Rolland qui, je l’appris, avait revendu le magasin de la teinturerie. »

Elle explique ensuite qu’elle alla récemment rendre visite à une de ses amies habitant Beaumont Saint Julien. « Or, jugez de ma surprise lorsque rendant visite à une de mes amies habitant Beaumont Saint Julien, il m’advint une singulière aventure. Me trompant d’adresse, je frappais au 12 du boulevard des Fauvettes. Une femme vint m’ouvrir et je reconnue en elle Mme Rolland. La conversation, vous le pensez bien, tourna court. »

Mais, lorsque survient l’enlèvement de Claude Malmejac, avec les descriptions de la ravisseuse publiée par les journaux lui firent immédiatement penser à Mme Rolland. La ressemblance était tellement troublante. De plus, un détail la conforta un peu plus dans ses soupçons «  Une chose m’avait frappée : Cette femme n’avait pas l’accent de Marseille ! »

Durant trois longues journées, Mlle Montaigu fut rongée par le doute. Une question venait sans cesse la hanter : « Si c’était la Rolland ? ». Sa conviction fut acquise lorsqu’elle découvrit le nouvel avis de recherche.

Le lundi matin, n’y tenant plus, elle prit le tramway pour se rendre chez les Malmejac. Son intention première était de leur faire part de ses doutes. Elle fut reçue par les policiers de permanence qui l’envoyèrent à l’Evêché pour qu’elle fasse sont récit à l’inspecteur en chef Martini.

L’inspecteur chef Martini ne peut s’empêcher de se demander si le contentieux existant entre les deux femmes ne l’avait pas poussée à faire une  dénonciation calomnieuse. Mais Mlle Montaigu paraissait sûre de son fait. Mme Rolland était « la » ravisseuse.

Le témoignage, certes imprécis, est toutefois intéressant car il complète celui fait par Blanche Lacan. Ces informations convergentes, même fragmentaires, sont intéressantes. Les deux témoins disent avoir reconnu la ravisseuse dans le même quartier.

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Jeudi 28 novembre 1935
Beaumont / Saint-Julien Avant