Jeudi 28 novembre 1935 : L'enlévement de Claude Malmejac

 

Beaumont - Saint Julien


XLIV

Beaumont-Saint Julien

 
XLV

Le 12 boulevard des Fauvettes

 
XLVI

Les ravisseurs

 



Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme le Petit-Parisien ou l’Intransigeant, pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le Petit Marseillais et le Petit Provençal en tête.

La plus grande partie de l’iconographie est issue des photos publiés par deux quotidiens connus pour leurs photos : Paris-Soir et l’Intransigeant. La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.

Ce récit se veut être le plus proche possible des réactions humaines qu’ont eu les témoins et les acteurs du drame en ce jour tragique. Il se veut surtout être un texte à la mémoire des habitants de Marseille qui se sont tant inquiété du sort d'un enfant qu'il ne connaissait pas mais qui, pour eux, était avant tout un enfant de Marseille..

 

XLIV / Beaumont Saint-Julien :


L’inspecteur chef  Martini parla de ce témoignage intéressant à son patron, le chef de la Sûreté Couplet. Celui-ci trouva aussi l’information digne d’intérêt. A ce moment précis de l’enquête, toute information nouvelle, même fragmentaire, est intéressante. Cette piste se devait d’être vérifiée, ne serait-ce que pour écarter une nouvelle fausse piste comme celle d’Endoume ou de Saint-Just.

Il charge donc deux de ses inspecteurs les plus expérimentés, appartenant à la brigade Martini, sa brigade, de vérifier ces informations. Il s’agit de l’inspecteur Auguste-Louis Le Bozec, âgé de trente-neuf ans, qui s’est illustré quelques années plus tôt en arrêtant Guiffaut dit la Griffe, le meurtrier de l’encaisseur Loudier, et de l’inspecteur Marcel Aubin, de dix ans son cadet.


12 Bd des Fauvettes

Boulevard des Fauvettes de nos jours
Le 12 est le premier portail à droite
(c) Google street view


Les deux inspecteurs se rendent donc à Beaumont. Dans leur esprit, ils vont simplement vérifier l’identité de l’habitante du 12 boulevard des Fauvettes, habitante qui a la malchance de ressembler à la ravisseuse. Car il ne fait aucun doute qu’il s’agit encore d’une fausse piste.

Comme cela ce passe à chaque départ d’un véhicule de la Sûreté, les deux enquêteurs ne peuvent s’empêcher de pester contre la voiture des journalistes qui leur emboîte le pas.  Il devenait vraiment de plus en plus difficile de mener discrètement une enquête.

Malgré la présence des journalistes, les inspecteurs espèrent une arrivée discrète. Pour cela, ils ne se garent pas devant le 12 mais stationnent un peu avant. Ils constatent que la rue est calme, sans grand passage. Un portail en fer forgé ferme l’accès au terrain où sont érigées deux maisons mitoyennes, seulement séparés par une légère barrière dans laquelle s’ouvre une petite porte. La villa incriminée est une petite bâtisse avec un étage, un petit jardin sur le devant dans lequel trône une petite fontaine, quatre à cinq marches permettant d’accéder à la porte d’entrée.


Pour ne pas éveiller les soupçons dans le cas, bien improbable pensent-ils, où la suspecte serait la ravisseuse, les inspecteurs vont sonner à la villa voisine, au numéro 10. Ils espèrent pouvoir surveiller  quelques instants en toute tranquillité le 12 sans attirer l’attention et ainsi se faire une idée quant à ses habitants.

Malheureusement pour eux, il n’y a personne à ce moment là au numéro 10.

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XLV / Le 12 boulevard des Fauvettes :


Les inspecteurs sont donc obligés d’aller sonner au numéro 12. Alors qu’ils patientent, ils ne peuvent s’empêcher de remarquer que, contrairement à l’usage, la sonnette ne porte pas de nom. Simple oubli où volonté de ne pas se faire connaître ?

Là encore, les policiers n’obtiennent pas de réponse. Désormais convaincu que la maison est temporairement vide, les inspecteurs commencent à s’éloigner, pensant revenir en fin d’après-midi. A ce moment là, une voix féminine s’éleva de l’intérieur de la villa : « On vient. Un instant ! »

Une femme, vêtue modestement, âgée d’une soixantaine d’année, claudicant légèrement, s’avança jusqu’au portillon pour leur ouvrir. Les deux inspecteurs se regardèrent. Le fait que la vieille femme boitille, venait d’attirer leur attention. Les inspecteurs s’approchèrent.

« Que voulez-vous ? » demanda t’elle. Son ton n’était pas des plus amènes.

L’inspecteur Le Bozec sortit sa carte de police pour la lui montrer tout en expliquant :

« Nous voulons vérifier un renseignement. On nous a indiqué qu’ici habitait une femme dont le signalement correspondait à celui de la femme en noir soupçonnée d’avoir volé l’enfant du docteur Malmejac. »

L’interpellée n’eut aucune réaction apparente. Elle se contenta de demander :

« Permettez-moi d’appeler mon fils ! »

Elle se tourna alors vers la villa, lançant d’une voix forte :

« Gilbert ! Gilbert ! »


La villa des ravisseurs

La villa du 12 Bd des Fauvettes

Au premier appel, les policiers virent apparaitre sur le pas de la porte un jeune homme âgé d’une trentaine d’années. A l’annonce de la raison de la visite des policiers, il fit soudain demi-tour, se précipitant à l’étage par l’escalier intérieur.

« Ne vous inquiétez pas, je vais le rappeler ! » tenta d’expliquer la femme pour calmer les soupçons des inspecteurs.

Comprenant instantanément que l’homme avait quelque chose à se reprocher, les deux policiers n’hésitèrent pas un instant. Bousculant la vieille femme pour qu’elle leur laisse le passage, ils se précipitèrent à l’étage sur les traces du fuyard.

Arrivés sur le palier, un cri d ‘enfant les immobilisa et, soudain, l’espoir les envahit. Sans hésiter, ils poussèrent la porte derrière laquelle le cri semblait provenir et restèrent sur le seuil, pétrifiés. L’homme était maintenant assis sur le lit, tenant à la main un revolver à barillet dont il avait posé le canon sur la tempe d’un enfant qu’il maintenait de l’autre main.

Il parut évident aux deux policiers qu’ils étaient en présence de l’enfant enlevé.

« Messieurs, un pas de plus et c’est finit ! » hurla t’il à l’adresse des inspecteurs.

Ce disant, il désignait du regard l’enfant. La minute était émouvante. Les inspecteurs hésitèrent une fraction de seconde avant de prendre l’option de parlementer avec le forcené, faisant attention à tous les mots qu’ils prononçaient.

« Non, voyons ! N’aggravez pas votre cas ! Vous voulez donc connaître la guillotine ? Allons, vous savez bien que le docteur Malmejac assure l’impunité à qui lui rendra son enfant ! »

« Alors promettez-moi que je ne serais pas inquiété, tout comme ma mère et que je disposerais de vingt-quatre heures pour fuir ! »

« On te promet qu’on ne te fera pas de mal ! » répliqua l’inspecteur Le Bozec d’une voix douce.

Comme Les deux inspecteurs l’expliquèrent plus tard lors d’une conférence de presse, dans l’esprit dans lequel ils se trouvaient à ce moment là, ils auraient promis n’importe quoi pour sauver la vie de l’enfant.

Le jeune homme, lançant le revolver sur le lit en signe de reddition, se contenta de dire : « Eh bien voilà ! »

L’inspecteur Le Bozec poussa sans ménagement le jeune homme et sa mère, qui avait assisté à toute la scène depuis le pas de la porte, vers un coin de la chambre. Au même moment, l’inspecteur Aubin, avec des gestes de mère, prenait l’enfant dans ses bras.

Le petit Claude Malmejac était sauvé car il ne faisait aucun doute aux policiers que l’enfant qui était en leur présence était bien l’enfant enlevé.

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XLVI / Les ravisseurs :



La ravisseuse

La ravisseuse

La première chose que firent les inspecteurs, après avoir fouillé les suspects, et une fois ceux-ci sous contrôle fut de questionner les suspects sur leurs identités. Ils se présentèrent sous le nom de Marie et Gilbert Rolland.

Mais il fallait prévenir la Sureté de l’heureuse nouvelle. L’inspecteur Aubin sortit donc de la maison, laissant les deux ravisseurs sous la surveillance de l’inspecteur Le Bozec, renforcé par le chauffeur de la voiture de police, Siaud.

La vieille femme, inconsciente de ses propos, demanda :

« Vous allez téléphoner au docteur Malmejac ? »

A la réponse affirmative de l’inspecteur le Bozec, un chaleureux sourire illumina le visage de la vieille femme. S’asseyant sur le lit tout en se frottant les mains, elle dit joyeusement aux policiers :

« Enfin, nous allons toucher nos cinquante mille francs ! »

Dans les bureaux de la Sureté, la nouvelle fit l’effet d’une bombe d’autant plus que personne ne pensait que les deux inspecteurs étaient sur la bonne piste. Pour tout le monde, ils étaient allés confirmer que les informations de Mlle Montaigu étaient fausses.

 

Aussi, lorsque l’inspecteur Aubin, ayant enfin en ligne le chef de la Sureté, M.Couplet, prononça cette simple phrase : « J’ai le petit ! », Ce fut une explosion de joie à l’Evêché.

 

Il était seize heures trente ce 2 décembre 1935.

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Jeudi 28 novembre 1935
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