Jeudi 28 novembre 1935 : L'enlévement de Claude Malmejac

 

LES RETROUVAILLES


XLVII

M. Couplet sur les lieux

 
XLVIII

Perquisition aux Fauvettes

 
XLIX

Transfert à l’Evêché

 
L

Les retrouvailles

 
LI

Le petit Claude de retour chez lui

 


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme le Petit-Parisien ou l’Intransigeant, pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le Petit Marseillais et le Petit Provençal en tête.

La plus grande partie de l’iconographie est issue des photos publiés par deux quotidiens connus pour leurs photos : Paris-Soir et l’Intransigeant. La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.

Ce récit se veut être le plus proche possible des réactions humaines qu’ont eu les témoins et les acteurs du drame en ce jour tragique. Il se veut surtout être un texte à la mémoire des habitants de Marseille qui se sont tant inquiété du sort d'un enfant qu'il ne connaissait pas mais qui, pour eux, était avant tout un enfant de Marseille..

 

XLVII / M. Couplet sur les lieux :


L’appel de l’inspecteur Aubin à peine reçu, le Chef de la Sûreté bondit dans une voiture pour se rendre le plus rapidement possible au boulevard des Fauvettes. Il est accompagné de l’inspecteur chef Martini, de l’inspecteur Desmoulins et du secrétaire Musy.

Dans le sillage de la voiture de police s’engage une noria d’autres véhicules. Les journalistes qui attendent devant l’Evêché ont compris que quelque chose d’important est en train de se passer.

Lorsque l’étrange caravane arrive à Beaumont, une foule compacte est massée devant la villa des ravisseurs, foule franchement curieuse et tendue. En effet, les nombreux enfants qui sortaient de l’école voisine lors de l’intervention des inspecteurs Aubin et Le Boazec, ont compris que des événements intéressant étaient en train de se produire dans leur quartier habituellement si calme. En courant, ils avaient gagné le portail de la villa et, bientôt, voisins, voisines, mères venant chercher leurs enfants, curieux, s’étaient rassemblés sur le trottoir, devant la porte du jardin au fond duquel s’élève la villa des ravisseurs.


Les inspecteurs et Claude

Le petit Claude dans les bras des inspecteurs


L’arrivée, que l’on ne peut pas qualifier de discrète, du chef de la Sécurité Couplet, leva les derniers soupçons qui pouvaient encore étreindre la foule. L’affaire était sérieuse et la seule affaire sérieuse en cours à ce moment là dans Marseille était l’affaire Malmejac. La ravisseuse se trouvait donc derrière ces murs. De curieuse, la foule bascula dans l’hostilité la plus complète.

A peine les policiers furent-ils dans la maison que les inspecteurs Aubin et Le Boazec qui attendait impatiemment l’arrivée de leur chef, lancèrent d’une voix chargée d’émotion :

« Voilà l’homme et la femme mais surtout voilà Claude ! »

Comme l’expliquera plus tard M. Couplet, il fut pris d’une énorme émotion en voyant le petit garçon que portait l’un de ses inspecteurs. Il ne faisait aucun doute que l’enfant était Claude Malmejac. Le furoncle sanguinolent plus que les vêtements le faisait comprendre. A la pensée de la future joie des parents, l’émotion du chef de la Sureté fut encore plus grande.


C’est à ce moment là que Gilbert Rolland interpella M. Couplet qu’il venait de reconnaître :

« Qu’allez-vous faire de moi ? Vos inspecteurs m’ont donné la promesse formelle de me laisser échapper ! »

M. Couplet se contenta de répondre d’un ton sec :

« On va seulement vous interroger ! »

Il ne voulait pas heurter un témoin qui, pour l’instant, n’avait pas dit grand chose. Il ne fallait pas qu’il se referme sur lui-même comme une huitre et ne parle plus.

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XLVIII / Perquisition aux Fauvettes :


Prenant les choses en mains, M. Couplet distribua des consignes claires : Priorité à l’enquête. Dans un premier temps, les inspecteurs procédèrent aux constatations indispensables à la bonne marche de l’enquête, fouillant sommairement la villa.

Ils commencèrent par inspecter le rez-de-chaussée. Le salon était modeste, assez simple d’aspect, bien que meublé sans aucun gout. Une table et des chaises en osier en sont le principal mobilier. Sur la droite, à côté d’une cheminée postiche, une armoire peinte en blanc est dressée. De l’autre côté, sur un meuble grossier, trône un poste T.S.F. flambant neuf.

Sur la table sont posés en vrac des journaux racontant le rapt, un roman de Gyp, « Ces bons docteurs », des revues policières et artistiques.

Par une sorte d’alcôve, un petit escalier permet de gagner le premier étage. Toujours au rez-de-chaussée, la cuisine est située quant à elle à côté du salon.

Cette cuisine n’est pas comme les autres. Les policiers ont l’impression de pénétrer dans un zoo. En effet, ils ont la surprise d’y découvrir successivement un chien se terrant dans un coin, une perruche sur son perchoir et un singe, enfermé dans une cage grossière. C’est une véritable ménagerie qui peuple la cuisine. Du travail attend la S.P.A.

Au premier étage, deux chambres prennent jour le devant de la villa. Celle de gauche est celle de Gilbert Rolland. Un divan, des étagères avec des livres, romans d’aventure, mais aussi des romans policiers qui côtoient les textes des grands auteurs classiques.

A gauche, on découvre la chambre de Marie Rolland. Les murs sont tapissés d’un papier peint clair. Le lit fait face à une cheminée ornée de candélabres richement décorés. A côté du lit, un petit divan est installé avec quelques coussins posés dessus. Dans un coin, les policiers trouvent une grande malle contenant divers documents comme des lettres, des papiers, des factures, etc.

Dans le cabinet de travail qui est situé sur le même palier, à proximité d’une salle de bain, les enquêteurs vont découvrir un chevalet et des aquarelles signées de la main de Gilbert Rolland. Les policiers ne peuvent que constater que, comme peintre, le jeune homme possède un talent certain.

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XLIX / Transfert à l’Evêché :

Transfert à l'Eveché

Transfert des ravisseurs à l'Evéché


Une fois la perquisition sommaire effectuée, M. Couplet décide alors de transférer les suspects à l’Evêché pour, dans un premier temps les interroger puis, dans un second temps, les inculper.

Lorsqu’ils comprennent qu’ils vont être emmenés au siège de la Sureté, Marie et Gilbert Rolland sont soudain pris d’inquiétude pour le sort de leur ménagerie.

« Soyez bon pour eux ! »  supplient ils « Soignez les biens. Au besoin, prenez-les chez vous. Mais, qu’au moins ils ne manquent de rien ! »

A l’extérieur, les policiers ont eu la sagesse d’amener devant la villa une de leurs voitures et d’établir un périmètre de sécurité autour de la villa. C’était là une bonne précaution. La foule était en effet prête à faire un mauvais sort à la mère et à son fils. Le lynchage pur et simple n’était pas loin. Les cris, les invectives et les huées ne laissent planer aucun doute de l’état d’esprit de la foule.

Avec difficulté, sous la protection des brigadiers présents, le couple est placé dans la voiture qui démarre aussitôt en direction de l’Evêché. Elle est suivie de très près par deux autres véhicules de police, le premier avec les inspecteurs Le Boazec et Aubin, l’autre avec M. Couplet qu’accompagne le petit Claude.


Le bruit de la découverte de l’enfant, bien vivant et en bonne santé, n’ayant subi aucun sévices, s’était répandu comme une trainée de poudre autour de l’Evêché.

Lorsque les trois voitures, trainant toujours dans leurs sillages une noria de véhicules de presse, arrivèrent aux abords de l’hôtel de police, la rue de l’Evêché était noire de monde. Après le passage difficile des voitures, les policiers durent fermer les portes pour éviter que l’hôtel de police ne soit envahi par tous ceux qui voulaient voir l’enfant et faire un mauvais sort aux coupables.

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L / Les retrouvailles :

Alors que les suspects sont transférés sans ménagement dans le bureau du chef de la Sureté, l’enfant, pleurant dans les bras de l’inspecteur-chef Martini, est conduit dans l’appartement de fonction de M. Couplet où l’accueille une Mme Couplet pleine d’attention. Le but de cette opération est d’éviter au bébé d’être traumatisé par la foule et permettre aux parents de venir le récupérer en toute sérénité.

Calmé, l’enfant promène un regard étonné sur toute cette animation, comprenant confusément que quelque chose d’heureux pour lui est en train de se dérouler autour de lui.

Pendant ce temps là, au 185 de l’Avenue du Prado, on ignore encore la bonne nouvelle. C’est une voisine, Mme Mallet, qui avait mis son téléphone au service de la famille, qui reçut l’appel de M. Couplet. Comprenant que quelque chose de sérieux se déroulait et en l’absence de M. Malmejac, c’est le cousin de celui-ci, M. Sarlande qui prit l’appel.  En effet, le docteur Malmejac ne se trouvait pas présent à ce moment là, se trouvant dans les locaux du Petit Marseillais en compagnie du rédacteur en chef de celui-ci, Léon Bancal.


Les retrouvailles

Les retrouvailles du père et du fils à l'Evéché



Après que M. Sarlande eut affirmé qu'il était seul et que personne ne les écoutait, M. Couplet laissa éclater sa joie. Dans un premier réflexe, le cousin crut à une odieuse plaisanterie. Son esprit ne pouvait concevoir une telle chose, ne pouvait concevoir un tel bonheur. Il fallut que M. Couplet fasse entendre la voix du petit Claude pour que son interlocuteur comprenne enfin la vérité.

N’arrivant toujours pas à croire une telle nouvelle et ne voulant pas donner de faux espoirs à sa cousine, M. Sarlande se contenta de dire à la famille, sur un ton détaché :

« Encore une nouvelle piste. Je vais aller la vérifier ! »

Il quitta le domicile des Malmejac en compagnie de Mme Mallet, la voisine et Mme Armand, l’amie de la famille pour se rendre à l’Evêché. Il voulait vérifier de visu l’état de santé du petit Claude pour éventuellement préparer la mère à affronter le pire. M. Sarlande  n’arrive pas à imaginer que l’enfant soit en bonne santé après une disparition d’une semaine


De son côté, le docteur Malmejac se trouve dans les locaux du « Petit marseillais » où il a rendez-vous avec le rédacteur en chef de celui-ci. Léon Bancal. Il compte remettre à  Léon Bancal le message qu’il a écrit le matin même et qu’il compte faire publier le lendemain dans la presse locale.

Le journaliste, lorsqu’il est prévenu par un de ses collaborateurs que l’enfant a été retrouvé, quelques instants avant de rencontrer le père éploré, pense dans un premier temps qu’il s’agisse d’une fausse nouvelle. Mais le journaliste qui a contacté la rédaction est un de ses meilleurs éléments. Il faut quelques secondes à Léon Bancal pour prendre toute la mesure de l ‘événement. Il décide alors de prévenir le docteur Malmejac avec douceur.

Léon Bancal se contenta seulement d’aviser son interlocuteur que la police avait découvert un enfant dont le signalement semblait correspondre au petit Claude. Dans les locaux de la rédaction du « Petit- marseillais », on savait désormais qu’il ne pouvait y avoir aucune erreur possible. Toutefois, aucun journaliste ne voulait prendre le risque de l’annoncer au principal concerné, ne sachant top « comment présenter la chose », ne voulant pas « éprouver une  joie trop directe » comme l’expliquera plus tard Léon Bancal dans un éditorial.



Les retrouvailles

Le pére et la nurse avec l'enfant

A noter la légende de cette photo : Les journeaux parisiens présentent Georgette Perrachon comme Mme Malmejac


Ce sera durant le trajet en taxi entre les locaux de la rédaction du « Petit marseillais » et l’Evêché que Léon Bancal va annoncer au docteur Malmejac la bonne nouvelle, mettant ainsi fin à l’angoisse compréhensible du père. (Voir en annexe 1 l’article de Léon Bancal sur ce trajet en taxi.

Lors de son arrivé à l’Evêché, le docteur Malmejac est accueilli par la clameur de la foule qui laisse exploser sa joie en le voyant. Suivant un policier, le docteur Malmejac monte quatre à quatre les marches conduisant à l’appartement de M. Couplet.

« C’est lui ! » s’écrie-t’il en voyant l’enfant avant de se précipiter en larmes sur son fils.

L’émotion qui présida aux retrouvailles fut intense et indescriptible. Des reporters-photographes voulurent immortaliser cet instant. Ils furent alors autorisés à pénétrer dans le petit appartement de fonction. Les éclairs de magnésium illuminèrent la bousculade qui s’ensuivit.

Pendant ces minutes inoubliables, la gouvernante Georgette Perrachon se trouvait dans un bureau adjacent de la Sureté. La nouvelle de sa présence parvint aux oreilles du docteur Malmejac qui pria aussitôt qu’on aille la chercher. Le cri qu’elle poussa en voyant l’enfant fut aussi émouvant que les sanglots de son employeur. L’enfant, voyant tout cela, se mit lui aussi à pleurer.

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Ll / Le petit Claude de retour chez lui


Les Malmejac

Les Malmejac enfin réunis

Après avoir remercié, maladroitement certes mais du fond du cœur, tous ceux ayant permis cet heureux dénouement, le Docteur Malmejac regagna son logis en compagnie de son fils enfin retrouvé.

Au 185 avenue du Prado, une foule imposante les attend. Nul ne sait comment la nouvelle a été répandu mais radiotrottoir a fait son œuvre. Comme le raconte avec grandiloquence l’envoyé spécial de Paris-Soir Louis Delapree :

« Et nous avons soudain tous été ivres, vraiment ivres de joie. Des gens qui ne se sont jamais vus, s’abordent, se félicitent. Un chauffeur de taxi arrête sa voiture au beau milieu de la rue, s’assied sur le marchepied et sanglote, la tête dans ses mains. Des femmes s’évanouissent. On crie, on chante, on ne sait plus ce qu’on fait. Si quelque étranger, ne connaissant rien des quatre derniers jours arrivait brusquement parmi nous, il nous prendrait pour une légion de déments. »

 



Les retrouvailles


Le premier repas




Les retrouvailles



Dans l’appartement, la joie est bien entendu à son comble. Inutile de raconter comment les journaux ont retranscrit ce moment tant attendu. Chacun y va de sa plume lacrymale, la palme revenant encore une fois à Paris-Soir.

« Dans un silence extraordinaire, M Malmejac tend le petit Claude à sa mère. Elle le prend, ferme ses bras sur lui et l’emporte sauvagement dans sa chambre pour l’avoir à elle toute seule. Alors, vingt sanglots éclatent »

Sous le balcon, la foule crie sa joie et réclame avec force de voir l’enfant. Alors, les parents s’exécutent et se montrent avec lui à la fenêtre. De formidables acclamations montent alors qui ne se dissipent que lorsque la fenêtre est refermée.

Le petit Claude est de retour chez lui.

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Retour Beaumont / Saint Julien
Jeudi 28 novembre 1935
Premiers interrogatoires Avant