Jeudi 28 novembre 1935 : L'enlévement de Claude Malmejac

 

LE REQUISITOIRE ET LE JUGEMENT


LXXIII

Le réquisitoire

 
LXXIV

Les défenseurs au charbon

 
LXXV

Le jugement

 


Remarques : Le compte-rendu du drame tel que vous le découvrez, est en fait la mise en écriture des témoignages de certains acteurs lors d’émissions diverses, des récits des témoins, des compte-rendu des journaux de l’époque, que ce soit les quotidiens nationaux comme le Petit-Parisien ou l’Intransigeant, pour ne citer que les principaux, ou la presse locale, le Petit Marseillais et le Petit Provençal en tête.

La plus grande partie de l’iconographie est issue des photos publiés par deux quotidiens connus pour leurs photos : Paris-Soir et l’Intransigeant. La mauvaise qualité de cette iconographie est due à l'utilisation du bélinographe, appareil de transmission des photos à distance par le biais du système téléphonique, appareil révolutionnaire pour l’époque et ancêtre du télécopieur.

Ce récit se veut être le plus proche possible des réactions humaines qu’ont eu les témoins et les acteurs du drame en ce jour tragique. Il se veut surtout être un texte à la mémoire des habitants de Marseille qui se sont tant inquiété du sort d'un enfant qu'il ne connaissait pas mais qui, pour eux, était avant tout un enfant de Marseille..

 

LXXIII / Le réquisitoire :


Le lendemain matin, l’avocat-général Lacaux va être sans pitié et après une terrible plaidoirie mettant en avant les plus noirs dessins et les plus perfides traits de caractères des accusés, suivant une ligne directrice des plus dure :

« Vous avez, Clément, renié votre père. Vous l’avez accusé de vous avoir abandonné. Un fils qui charge son père est un être vil au ban de la société

Quant à  vous, femme Cardin, toutes les pièces du dossier vous dépeignent comme une aventurière. C’est vous qui avez dès son enfance, dévoyé votre fils 
(…)
L’association de ces deux personnages reste effarante. Qu’in y songe. Voici une femme qu’un divorce prive de ressources. Elle ne peut compter que sur son fils. L’un et l’autre ont des gouts, sinon de luxe, du moins d’aisance et de confort et pour les satisfaire, ils se lancent tous deux dans la carrière du crime avec une inconscience qui fait rêver.

Il ne s’agit pas de malheureux poussé par la faim qui tentent un coup audacieux. Il s’agit de gens qui emploient leur dernier argent à acheter des revolvers, des cartouches, tout un attirail de malfaiteurs et combinent leurs attaques avec une précision d’horloger. Ils vont aux renseignements, choisissent avec soin leurs victimes, échafaudent leur plan puis les réalisant avec un sang-froid reptilien.


M Lacaux


Pourtant, ils ne vivent pas en marge de la société, mais dans un monde normal, composé de braves gens, de petits commerçants, où ils font figure de braves personnes. Seulement, le soir, quand les voisins sont partis, le fils ouvre l’annuaire, envoie des lettres de menace,  essaye des armes. »
(..)
« Si on n’avait pas traité votre premier larcin de frasque de jeunesse, si on vous avait puni, vous ne seriez peut-être pas là. »
(…)
« Il fallait de l’argent, il en fallait à tout prix pour acheter des livres, des appareils de T.S.F. et le jour où l’on en possède plus, on projette de perpétrer un crime à la manière des Américains »
(…)
« Artiste manqué, raté dans la vie, cous avez voulu vous faire un nom comme grand criminel ! La femme Cardin ne vaut pas mieux : incapable de se fixer nulle part, elle s’est fait détester de tout le monde avant d’arriver aux trois crimes ignobles dont elle répond aujourd’hui »

Après une allusion au service militaire qu’André Clement accomplit en partie au troisième bureau, l’avocat général a un mot pour la jeune fille que l’accusé, alors contumax, faillit épouser.

C’est ensuite le récit de l’agression à main armé contre l’avocat conseil Samana : Clément, assaillant le vieillard,  choisi par le couple en raison de sa faiblesse physique, et le volant, Marie Cardin profitant sciemment de l’argent volé.


L’avocat général demande ensuite une suspension d’audience et, à la reprise, il rappelle les circonstances du rapt manqué des enfants du docteur Cezilly et de la séquestration du petit Claude Malmejac.

Il flétrit dans les termes qui conviennent l’odieux crime commis par la mère et le fils, évoque sobrement la douleur d’un jeune ménage privé pendant plusieurs jours de son enfant unique et espère que le jury sera inexorable

« Les deux accusés, qui à l’audience dont toujours preuve d’un calme assez déconcertant, ont alors épuisé l’argent extorqué à M. Samana. Les rapts d’enfants leur semblent le meilleur moyen de se procurer de l’argent. Tout a été minutieusement préparé, ainsi qu’en témoigne un carnet saisi sur Clément. Mieux : les accusé ont acheté un manuel qui, en les mettant au courant des coutumes des bonnes d’enfant, leur permettra de mieux circonvenir la bonne des enfants Cezilly puis la bonne du petit Malmejac. »

L’avocat général atteint à un haut niveau de pathétique, lorsqu’il montre les deux accusés réalisant l’enlèvement du petit Claude. Il trace un tableau saisissant de l’abominable forfait en expose les circonstances, en dépeint les angoissantes péripéties.

Il décrit le rôle de la mère et celui du fils, aussi odieux l’un que l’autre, peint la scène du Parc Chanot,  montre la voleuse d’enfant qui, après avoir écarté la nurse, emmène la petite victime dans son repaire, tandis que Clément surveillait l’opération.

Il insiste sur les tractations qui eurent lieu ensuite, lorsque la France entière, et plus particulièrement la population marseillaise, demeuraient angoissées.

Puis il en vient à l’arrestation et affirme que si André Clément « cet être abjects entre tous » n’a pas supprimé le petit Claude, ce ne fut ni par scrupule, ni par pitié : « Il ne l’a pas tué parce que le meurtre est inutile »

Des deux enfants Cezilly, l’un âgé de huit mois est, pour le malheur des accusés, une fille. Or, la loi punit d’une peine plus forte le rapt ou la tentative de rapt d’une mineure. Ainsi, Clément et sa mère risquent davantage d’être frappés pour cette tentative que pour le rapt du petit Claude. C’est ainsi que l’orateur n’hésite pas à réclamer 20 ans de travaux forcés pour le fils et 20 ans de réclusions pour la mère, que son âge exempte des travaux forcés.

« Je sollicite de vous, messieurs les jurés, que vous ne vous montriez pas inférieurs aux pays voisins qui, eux, punissent d’une condamnation à mort tout enlèvement d’enfant de moins de 18 ans. Je croirais vous faire injure en insistant davantage.

Au bagne cet homme-là, si vous ne voulez pas que toutes les mères de France désespèrent de la justice ! »

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LXXIV / Les défenseurs au charbon


La defense


Les deux accusès et leurs avocats


Les avocats de la défense, Maitre Verdot-Martino et Maitre Grisoli vont tout tenter, dans deux plaidoiries émouvantes, essayant de démontrer combien « l’absence du père a pu peser sur le jugement du fils », comment les conditions de vie des deux accusés étaient précaires, comment la disparition de la cellule famille avait détruit aussi « le discernement de ces deux êtres ballotés par la vie ».

Maitre Vertot-Martino va aussi souligner le fait que, durant le rapt, son client ne s’est jamais livré à la moindre brutalité. Mr Grisoli, défenseur de la mère, va particulièrement insisté sur la misère dans laquelle sa cliente est tombée.

Après ces plaidoiries, la parole est donnée aux accusés. Marie Cardin va se plonger dans un profond mutisme. André Clément, de son côté, va tenter de s’excuser, sans trop arriver à convaincre d’ailleurs.

« J’exprime ici des regrets pour ma mère et pour moi. Je suis le seul coupable. J’ai entrainé ma mère par tous les moyens en mon pouvoir. Si elle est coupable, ce n’est que de m’voir trop aimé. »

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LXXV / Le jugement


Il ne faudra qu’une heure aux jurés pour répondre aux onze questions qui leurs sont posés. Et les réponses sont accablantes : coupables aux onze questions sans aucune circonstance atténuante.

Dans la foulée, André Clément est donc condamné à vingt ans de travaux forcés au bagne de Cayenne tandis que Marie Cardin écope de vingt ans de réclusions.

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Jeudi 28 novembre 1935
Annexe 1 :
Les retrouvailles vues par Leon Bancal
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