L’avocat général demande ensuite une suspension d’audience et, à la reprise, il rappelle les circonstances du rapt manqué des enfants du docteur Cezilly et de la séquestration du petit Claude Malmejac.
Il flétrit dans les termes qui conviennent l’odieux crime commis par la mère et le fils, évoque sobrement la douleur d’un jeune ménage privé pendant plusieurs jours de son enfant unique et espère que le jury sera inexorable
« Les deux accusés, qui à l’audience dont toujours preuve d’un calme assez déconcertant, ont alors épuisé l’argent extorqué à M. Samana. Les rapts d’enfants leur semblent le meilleur moyen de se procurer de l’argent. Tout a été minutieusement préparé, ainsi qu’en témoigne un carnet saisi sur Clément. Mieux : les accusé ont acheté un manuel qui, en les mettant au courant des coutumes des bonnes d’enfant, leur permettra de mieux circonvenir la bonne des enfants Cezilly puis la bonne du petit Malmejac. »
L’avocat général atteint à un haut niveau de pathétique, lorsqu’il montre les deux accusés réalisant l’enlèvement du petit Claude. Il trace un tableau saisissant de l’abominable forfait en expose les circonstances, en dépeint les angoissantes péripéties.
Il décrit le rôle de la mère et celui du fils, aussi odieux l’un que l’autre, peint la scène du Parc Chanot, montre la voleuse d’enfant qui, après avoir écarté la nurse, emmène la petite victime dans son repaire, tandis que Clément surveillait l’opération.
Il insiste sur les tractations qui eurent lieu ensuite, lorsque la France entière, et plus particulièrement la population marseillaise, demeuraient angoissées.
Puis il en vient à l’arrestation et affirme que si André Clément « cet être abjects entre tous » n’a pas supprimé le petit Claude, ce ne fut ni par scrupule, ni par pitié : « Il ne l’a pas tué parce que le meurtre est inutile »
Des deux enfants Cezilly, l’un âgé de huit mois est, pour le malheur des accusés, une fille. Or, la loi punit d’une peine plus forte le rapt ou la tentative de rapt d’une mineure. Ainsi, Clément et sa mère risquent davantage d’être frappés pour cette tentative que pour le rapt du petit Claude. C’est ainsi que l’orateur n’hésite pas à réclamer 20 ans de travaux forcés pour le fils et 20 ans de réclusions pour la mère, que son âge exempte des travaux forcés.
« Je sollicite de vous, messieurs les jurés, que vous ne vous montriez pas inférieurs aux pays voisins qui, eux, punissent d’une condamnation à mort tout enlèvement d’enfant de moins de 18 ans. Je croirais vous faire injure en insistant davantage.
Au bagne cet homme-là, si vous ne voulez pas que toutes les mères de France désespèrent de la justice ! » |